Attaques de troupeaux à Chichilianne : les tirs sur le loup autorisés

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EN BREF – Suite aux trois attaques qui ont tué une vingtaine de brebis à Chichilianne, le préfet a autorisé les tirs de défense sur le loup, tout en enjoignant les éleveurs à davantage se protéger. Une mesure d’urgence pour tenter de repousser le grand prédateur plus loin. Mais les tirs sont-ils la solution ?

 

 

 

©Serge-Montagnon

© Serge-Montagnon

Le pré­fet a donné son feu vert à des tirs de défense après trois attaques attri­buées au loup sur­ve­nues sur la com­mune de Chichilianne, dans le Trièves. En une dizaine de jours, une ving­taine de bre­bis ont été tuées ou ont dû être eutha­na­siées dans ce petit vil­lage sur les contre­forts du Vercors.

 

Ce qui a mis le feu aux poudres ? L’attaque, coup sur coup, d’un même trou­peau. La pre­mière fois, dans la nuit du 13 au 14 mai, l’attaque avait fait treize vic­times. Le trou­peau n’était pas pro­tégé.

 

La seconde fois, le 15 mai au petit matin, deux bre­bis ont été égor­gées pour ainsi dire sous les yeux du ber­ger qui avait monté la garde aux côtés de son trou­peau éclairé par les phares de son 4 x 4…

 

L’attaque de trop pour Yann Souriau, le maire de Chichilianne. L’élu est alors monté au cré­neau, récla­mant l’intervention des chas­seurs. Finalement, le pré­fet de l’Isère vient d’autoriser les tirs de défense autour des trou­peaux qui béné­fi­cient d’un mini­mum de pro­tec­tion, appe­lant l’ensemble des éle­veurs à mettre en œuvre tous les moyens néces­saires pour pro­té­ger leurs bêtes. Car la pro­tec­tion des trou­peaux est la condi­tion sine qua non pour pou­voir tirer le loup…

 

 

 

Autorisation de tir pendant cinq ans

 

 

Appuyés par le maire, la député Marie-Noëlle Battistel (PS) et la conseillère dépar­te­men­tale Frédérique Puissat (LR), les trois éle­veurs de bre­bis de Chichilianne qui en ont fait la demande ont donc l’autorisation, via des chas­seurs agréés, de tirer le loup… pen­dant cinq ans.

 

Pour Yann Souriau, c’est le sou­la­ge­ment. « On rentre dans la léga­lité et on arrive à une cer­taine pro­tec­tion de l’espace com­mu­nal. » Mais les tirs vont-ils per­mettre de rabattre le loup dans les bois ? Ne va-t-il pas être tenté d’aller voir ailleurs ? Car les trou­peaux de bre­bis sont nom­breux autour de Chichilianne. Et 6000 mou­tons sont atten­dus dans les pro­chains jours…

 

Moutons de Combe Madame . © Patricia Cerinsek - placegrenet.fr

Moutons à combe Madame . © Patricia Cerinsek – placegrenet.fr

« Ces tirs sont une réponse à l’urgence », pour­suit le pre­mier magis­trat. Pas suf­fi­sante tou­te­fois. L’élu réclame, au même titre que le san­glier, un plan de chasse pour le loup.

 

Bref, l’autorisation de tirer le loup à vue pour régu­ler les popu­la­tions, non plus au coup par coup, mais de manière glo­bale et concer­tée. Non plus à l’échelle de sa com­mune ni des Alpes, mais à l’échelle de l’Europe. Une tout autre stra­té­gie que celle employée aujourd’­hui, basée sur la mise en place de mesures locales et pro­gres­sives.

 

Yann Souriau se défend de vou­loir mas­sa­crer le loup : « Il s’agit de dimi­nuer la pres­sion de popu­la­tion des loups et de les encou­ra­ger à se nour­rir de la faune sau­vage. » Mais les mesures de pro­tec­tion mises en œuvre jusque-là tout comme les tirs de défense sont-ils la solu­tion ? Le Conseil scien­ti­fique du patri­moine natu­rel et de la bio­di­ver­sité man­daté par le gou­ver­ne­ment, en doute.

 

« Le bilan de ces mesures est mitigé, voire néga­tif, sou­lignent les experts dans un rap­port rendu en jan­vier 2016, soit parce que le loup finit par les contour­ner, soit parce que les tirs de défense ne jouent pas le rôle attendu qui est de sup­pri­mer les loups mal­fai­sants et d’apprendre aux autres à se méfier de l’homme et de ses trou­peaux. »

 

En 2015, trente tirs de défense ont été accor­dés en Isère. Aucun loup n’a été abattu. En tout, 438 bêtes atta­quées par le loup ont été indem­ni­sées l’an­née der­nière. Sur le dépar­te­ment, le chep­tel est estimé à 100.000 ovins.

 

 

Patricia Cerinsek

 

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Commentaires 1
  1. Les loups man­geurs d’hommes : mythe ou réa­lité ? Le débat est sou­vent viru­lent. Les éco­lo­gistes nous l’as­surent : les loups ne s’at­taquent jamais aux hommes. Il faut nuan­cer cette affir­ma­tion en don­nant la parole aux his­to­riens. Une étude inté­res­sante a été publiée par Jean-Marc Moriceau, pro­fes­seur à, l’université de Caen, dans le men­suel n°299 (juin2005) de la revue L’Histoire.
    Après une enquête minu­tieuse dans les archives d’Ancien Régime (quelque 1 600 actes de décès attri­bués à ces ani­maux avaient été ras­sem­blés) il était arrivé à deux conclu­sions :
    – Principales vic­times : les petits ber­gers qui emme­naient leurs trou­peaux de plus en plus loin des vil­lages à la fin de l’été.
    – Augmentation des attaques après les guerres et les épi­dé­mies, les loups s’étant habi­tués à man­ger les cadavres

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