Loi Travail : regards croisés du Medef et de la CGT Isère sur un projet qui divise

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INTERVIEW CROISÉE – Qu’inspire le projet de loi El Khomri, dite « loi Travail », à Pierre Streiff, président du Medef Isère, et Fabien Gaget, secrétaire de l’Union départementale CGT Isère ? Le premier représente la France des chefs d’entreprise, favorable au projet initial de cette loi « simplifiant les licenciements » pour s’adapter aux aléas de l’activité économique. Le second participe à toutes les manifs pour enterrer ce projet de loi purement « régressif », source de précarisation supplémentaire… Bref, deux analyses radicalement différentes, pourtant issues d’expériences vécues.

 

 

 

La loi El Khomri peut-elle favoriser les embauches en facilitant les conditions de départ des salariés, dans une logique de « fluidification du marché de l’emploi » ?

 

 

Pierre Streiff, président du Medef Isère. © Sidonie Hadoux

Pierre Streiff, pré­sident du Medef Isère. © Sidonie Hadoux

Pierre Streiff, pré­sident du Medef Isère

Oui, tout au moins, c’était le cas dans la pre­mière ver­sion de la loi… Les chefs d’entreprise réclament en effet un peu plus de sou­plesse dans l’embauche de leurs sala­riés.

 

Ce n’est pas qu’ils aient envie de se sépa­rer plus faci­le­ment de sala­riés, ou de les « virer » plus faci­le­ment… Simplement, depuis 2008 une crise s’est ins­tal­lée. Cela veut dire que nous vivons dans une grande incer­ti­tude.

 

Quand les car­nets de com­mandes sont bien rem­plis, on ne sait pas com­bien de temps cela va durer… Or avec notre sys­tème d’embauche en France, on voit bien qu’on marche sur la tête. Je dis­cute avec des chefs d’entreprise, et voilà ce que cer­tains me disent : « J’ai du bou­lot, je suis sur­chargé jusqu’en 2017, mais après je n’ai plus rien… Donc je ne vais pas embau­cher parce que si j’embauche et que, der­rière, je ne peux plus me sépa­rer des gens, c’est une catas­trophe pour moi ». Voilà, c’est ce que vous enten­dez de la bouche de beau­coup de patrons !

 

 

Fabien Gaget, secrétaire de l'Union Départementale CGT Isère.DR

Fabien Gaget, secré­taire de l’UD CGT Isère. DR

Fabien Gaget, secré­taire de l’Union dépar­te­men­tale CGT Isère – Le souci, c’est que « flui­di­fier le mar­ché de l’emploi », ça ne veut abso­lu­ment pas dire qu’on va s’attaquer au chô­mage, ça veut juste dire qu’on va pou­voir licen­cier plus faci­le­ment et qu’on va pré­ca­ri­ser encore plus les sala­riés !

 

Loi, après loi, le pro­jet de société qu’on nous pro­pose ne va pas du tout dans le sens de la vie en com­mun, ni de l’amélioration des condi­tions de vie et d’emploi, mais au contraire accroît la mise en concur­rence des sala­riés, et de la popu­la­tion en géné­ral… C’est bien cela qu’on dénonce aujourd’hui. Il ne s’agit pas de dis­cu­ter tech­nique, mais d’un pro­jet de société glo­bal qui est tota­le­ment régres­sif…

 

Vous ima­gi­nez, ce gou­ver­ne­ment socia­liste ose dire qu’on va pou­voir faire tra­vailler des appren­tis de moins de 18 ans jusqu’à 10 heures par jour ! C’était, en tout cas, dans la pre­mière ver­sion de la loi ! Grâce à la pres­sion et à la mobi­li­sa­tion des gens, il y a eu un recul… D’accord pour réfor­mer le code du tra­vail, mais pour un pro­jet de société posi­tif !

 

 

 

La loi El Khomri permettra à une multinationale dégageant de gros bénéfices de licencier plus facilement en France, si sa filiale est en difficulté dans l’Hexagone… Qu’est-ce que cela vous inspire ?

 

[…]
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