Grenoble contre la loi El Khomri : une forte mobilisation… et de la casse

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REPORTAGE VIDÉO – Plusieurs milliers de personnes se sont mobilisées ce jeudi 31 mars à Grenoble pour manifester leur opposition au projet de loi El Khomri. Les syndicats et organisations qui souhaitaient faire de cette journée une grande démonstration de force se sont vite retrouvés débordés par des groupes de casseurs. Retour sur une journée bien agitée.

 

 

 

Départ de la manifestation contre le loi El Khomri. © Joël Kermabon - Place Gre'net

Départ de la mani­fes­ta­tion contre la loi El Khomri. © Joël Kermabon – Place Gre’net

« Nous ne sommes pas de la chair à patron ! », « Khomri, si tu savais, ta réforme où on s’la met ! » Les slo­gans fusent, ce jeudi 31 mars à Grenoble, dans les rangs de la mani­fes­ta­tion contre la loi por­tée par la ministre du Travail Myriam El Khomri. Sous la ban­de­role de la Confédération natio­nale du tra­vail (CNT), le syn­di­cat révo­lu­tion­naire anar­cho-syn­di­ca­liste, des voix plus pro­vo­ca­trices se font entendre. Essentiellement de jeunes hommes enca­gou­lés ou mas­qués. « Tout le monde déteste la police ! », scandent-ils comme une menace.

 

 

7.000 personnes selon la police, 15.000 selon les organisateurs

 

 

Les mani­fes­tants arrivent devant la gare de Grenoble, lieu de ren­dez-vous, par petits groupes sous leurs dra­peaux et ban­de­roles syn­di­cales et se rangent der­rière leurs voi­tures sono res­pec­tives. L’atmosphère est plu­tôt bon enfant, la musique toni­truante, on répète les slo­gans et les chan­son­nettes reven­di­ca­tives. L’objectif est clair : faire plier le gou­ver­ne­ment. Les dis­cours n’ont pas vrai­ment évo­lué depuis les der­nières démons­tra­tions de force des 9 mars, 17 mars et 24 mars.

 

© Joël Kermabon - Place Gre'net

Des nos­tal­giques du Che ? © Joël Kermabon – Place Gre’net

Le cor­tège s’é­branle sur le coup de 10 h 50. À sa tête, les orga­ni­sa­tions syn­di­cales et leurs adhé­rents, mais aussi des deman­deurs d’emploi ou des sala­riés en grève.

 

Plus loin dans le cor­tège, la troupe beau­coup plus joyeuse et tur­bu­lente des lycéens et étu­diants, très remon­tés contre le pro­jet de loi. Le roman­tisme de mai 68 ou des manifs contre le CPE est dans toutes les têtes. En queue du cor­tège, déjà plus inquié­tants, les mili­tants sans visages du fameux CNT côtoient des acti­vistes liber­taires, qui semblent avoir vrai­ment envie d’en découdre… Ils ne tar­de­ront d’ailleurs pas à se livrer à nombre d’exac­tions tout au long de la mani­fes­ta­tion.

 

 

De graves incidents durant la manifestation

 

 

Après avoir remonté le cours Jean-Jaurès, la mani­fes­ta­tion prend brus­que­ment une autre tour­nure arri­vée cours Berriat. Les pre­mières échauf­fou­rées éclatent, a priori sans rai­sons pré­cises.

 

Un cordon de police s'interpose. © Joël Kermabon - Place Gre'net

Un cor­don de police s’in­ter­pose. © Joël Kermabon – Place Gre’net

Bilan : un arrêt de tram, une agence immo­bi­lière ainsi que deux banques sérieu­se­ment dégra­dés. Sans oublier un quin­cailler du cours Berriat au com­merce van­da­lisé et des jets de pein­ture sur de nom­breuses façades le long du par­cours.

 

Deux per­sonnes, soup­çon­nées d’a­voir lancé des pro­jec­tiles sur les poli­ciers, ont été appré­hen­dées et pla­cées en garde à vue. Des agis­se­ments condam­nés par les orga­ni­sa­tions syn­di­cales, lycéennes et étu­diantes.

 

Retour en images sur une mani­fes­ta­tion qui a ras­sem­blé 7.000 per­sonnes selon la police et 15.000 selon les orga­ni­sa­teurs jus­qu’à l’an­neau de vitesse du parc Paul Mistral.

 


Reportage Joël Kermabon

 

 

La projection du film Merci patron annulée

 

 

Suite aux prises de parole des dif­fé­rents syn­di­cats sur l’an­neau de vitesse du parc Paul Mistral, les mani­fes­tants étaient cen­sés enrou­ler leurs ban­de­roles et se dis­per­ser dans le calme. Ce que beau­coup ont fait. D’autres sont res­tés sur place pour y pas­ser une nuit de résis­tance et de « conver­gences des luttes ». Une Nuit debout, au cours de laquelle devait être pro­jeté le film Merci Patron, sur le coup de 21 heures.

 

Arrivée de la manifestation à l'anneau de vitesse du parc Paul Mistral. © Joël Kermabon - Place Gre'net

Arrivée de la mani­fes­ta­tion à l’an­neau de vitesse du parc Paul Mistral. © Joël Kermabon – Place Gre’net

Sauf que la ville de Grenoble a décidé d’an­nu­ler la pro­jec­tion du film, par pru­dence et en réac­tion aux vio­lents évé­ne­ments sur­ve­nus durant la mani­fes­ta­tion.

 

Adieu donc la Nuit debout !… ce qui n’a pas plu à cer­tains mani­fes­tants, comme le rap­porte le Dauphiné libéré. Ces der­niers se sont diri­gés en nombre vers l’hô­tel de Ville pour faire annu­ler cette déci­sion avant de se heur­ter à un cor­don de police.

 

 

Après un face à face et le blo­cage de la cir­cu­la­tion, bou­le­vard Jean-Pain, ils ont fina­le­ment levé le camp à l’ar­ri­vée d’une demi-com­pa­gnie de CRS et de gen­darmes mobiles. 

 

 

Joël Kermabon

 

 

 

DES RÉACTIONS DE POLITIQUES…

 

Éric Piolle, le maire de Grenoble, a réagi sur son compte Twitter :

Par ailleurs, il déclare, par voie de com­mu­ni­qué que « la Ville condamne avec la plus grande fer­meté les agis­se­ments de cer­tains, dont le com­por­te­ment de cas­seurs déna­ture le mou­ve­ment social, dont l’ampleur ne cesse d’augmenter ». Et de pré­ci­ser : « La Ville créera toutes les condi­tions pour que la pro­jec­tion du film puisse avoir lieu dans les meilleures condi­tions pos­sibles dans les semaines pro­chaines ».

 

Richard Cazenave, député hono­raire et conseiller muni­ci­pal du groupe Les Républicains – UDI et Société civile, a quant à lui adressé un cour­riel à Jean-Paul Bonnetain, pré­fet de l’Isère.

 

Prise de parole de Richard Cazenave. © Joël Kermabon - Place Gre'net

Richard Cazenave. © Joël Kermabon – Place Gre’net

Il le ques­tionne sur deux points. « Les mani­fes­ta­tions syn­di­cales sont habi­tuel­le­ment enca­drées par un ser­vice d’ordre pré­ci­sé­ment des­tiné à évi­ter ce genre de débor­de­ment ; qu’en était-il aujourd’hui ? Et qui est civi­le­ment res­pon­sable des dom­mages sur­ve­nus ? Vers qui les vic­times doivent-elles se tour­ner pour obte­nir répa­ra­tion du pré­ju­dice subi ? »

 

« La presse a relevé que les cas­seurs étaient issus des rangs défi­lant der­rière la ban­de­role de la CNT. Comptez-vous dili­gen­ter une plainte contre les orga­ni­sa­tions syn­di­cales direc­te­ment ou indi­rec­te­ment res­pon­sables de ces exac­tions ? »

 

… ET CELLE DE L’UNEF GRENOBLE

 

La sec­tion gre­no­bloise de l’Union natio­nale des étu­diants de France a, de son côté, dif­fusé un com­mu­ni­qué fleuve.
« Aujourd’hui 31 mars 2016, jour­née de mobi­li­sa­tion natio­nale des sala­rié-e‑s, étu­diant-e‑s et lycéen-ne‑s pour le retrait de la Loi Travail, a donné lieu à Grenoble, à une réac­tion poli­cière dis­pro­por­tion­née et injus­ti­fiée à l’encontre de mani­fes­tants venus défendre leurs droits paci­fi­que­ment.

 

L’Unef Grenoble condamne les pro­vo­ca­tions des forces de l’ordre, sur­ve­nues sur ordre du pré­fet ce matin lors du cor­tège, qui ont contri­bué à mettre en dan­ger nombre de mani­fes­tants paci­fiques et par­ti­cipé à désta­bi­li­ser l’organisation de la mani­fes­ta­tion.

Les policiers face aux casseurs. © Joël Kermabon - Place Gre'net

Les poli­ciers face aux cas­seurs. © Joël Kermabon – Place Gre’net

 

L’Unef Grenoble condamne la déci­sion arbi­traire du pré­fet de faire éva­cuer le Parc Mistral après 16 heures, alors que plu­sieurs évè­ne­ments fes­tifs, paci­fiques, et d’éducation popu­laire y sont pré­vus jusqu’à minuit et avaient préa­la­ble­ment été auto­ri­sés.

 

L’Unef Grenoble condamne les arres­ta­tions poli­cières sur­ve­nues ce jour, et s’interroge sur le com­por­te­ment du pré­fet. Alors qu’un mou­ve­ment social d’ampleur est en cours, tou­chant tous les sec­teurs de l’économie, les sala­rié-e‑s comme les futur-e‑s sala­rié-e‑s aujourd’hui étu­diante-e‑s et lycéen-ne‑s, jusqu’où la répres­sion peut-elle aller ?

 

Les vio­lences poli­cières sont une entrave into­lé­rable au droit de mani­fes­ter, alors même que le cor­tège se déroule de manière paci­fique et que les par­ti­ci­pants ne demandent qu’à se réunir et faire entendre leur voix.

 

Quand une dizaine de mil­liers d’individus des­cendent dans les rues de Grenoble pour défendre leurs droits sociaux et leurs condi­tions de tra­vail, il est inad­mis­sible qu’ils reçoivent pour seule réponse un tête à tête avec la police.

 

Des étudiants tente d'établir un cordon de sécurité. © Joël Kermabon - Place Gre'net

Des étu­diants tentent d’é­ta­blir un cor­don de sécu­rité. © Joël Kermabon – Place Gre’net

Grenoble n’est pas la seule ville tou­chée par ces inci­dents de répres­sion de la part des forces de l’ordre, et le pré­fet, comme le gou­ver­ne­ment, doivent assu­mer leurs res­pon­sa­bi­li­tés pour faire res­pec­ter le droit de réunion et de mani­fes­ta­tion – sans par­ler d’entendre rai­son face au rejet social par­tout en France du pro­jet de Loi Travail, et reti­rer le texte.

 

 

L’Unef Grenoble constate par ailleurs la réus­site de cette jour­née de mobi­li­sa­tion qui a été très sui­vie et a réuni à Grenoble avec 35000 per­sonnes dont 7000 jeunes, preuve d’un cli­mat social tendu et du rejet mas­sif du contenu de la Loi Travail.

 

L’Unef Grenoble s’engage dans la pour­suite de la mobi­li­sa­tion, jusqu’au retrait. Elle sou­tient et par­ti­ci­pera à l’i­ni­tia­tive de blo­cage du cam­pus demain 1er avril et espère que les jeunes mobi­li­sés ne feront pas face à une nou­velle vague de répres­sion. »

 

 

Pays Voironnais, un jour, une activité
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Commentaires 5
  1. Enfin une enquête jour­na­lis­tique qui nous révèles que les per­sonnes en cagoule font parti de la confé­dé­ra­tion du tra­vail et affi­liés (ils ont sans doute mon­tré leur carte de membre). Il est temps de dénon­cer ces extré­mistes qui veulent nous faire croire que les cas­seurs viennent de quar­tiers « sen­sibles », ou sont de flics en civil qui sont là pour jus­ti­fier l’in­ter­ven­tion des flics en armure.

    Savoir si les mani­fes­tants n’ont pas res­pec­tés les règles éta­blis par la pré­fec­ture (par­cours, horaires…) ce qui pour­rait jus­ti­fier le blo­cage par la police du cor­tège, ou si la pré­fec­ture a révo­qué uni­la­té­ra­le­ment son auto­ri­sa­tion avant même la mani­fes­ta­tion, c’est un détail.…

    Quant à la « fameuse » CNT, j’i­ma­gine que c’est une allu­sion à l’en­ga­ge­ment de ces membres contre Franco et à la libé­ra­tion de Paris par la Nueve ?
    (Un petit tour sur l’ar­ticle wiki­pe­dia « black bloc », per­met de faire la dif­fé­rence entre les choux et les carottes.)

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  2. incroyable ce qu’on peut lire sur ce site !
    Les orga­ni­sa­teurs ont parlé de 25 000 mani­fes­tants, pas de 15 000, comme les étu­diants n’ont pas parlé de 35 000 !

    « À sa tête, les orga­ni­sa­tions syn­di­cales et leurs adhé­rents, mais aussi des deman­deurs d’emploi ou des sala­riés en grève. »

    Ca veut dire quoi ? les sala­riés en grève ne seraient pas des adhé­rents d’or­ga­ni­sa­tions syn­di­cales ? Il y a des non encar­tés en grève, certes, mais comme la phrase est tour­née, on croit que les orga­ni­sa­tions syn­di­cales et leurs adhé­rents ne sont pas des sala­riés.

    Pourquoi la police a voulu cou­per le cor­tège en deux ? ce n’est pas de la pro­vo­ca­tion gra­tuite ? Rien ne se serait passé sans doute place de l’Etoile sans cet ordre aber­rant.
    La CNT est un syn­di­cat, ne leur met­tez pas tout sur le dos. Il peut très bien y avoir des auto­nomes ou des pro­vo­ca­teurs qui cassent et n’ont rien à voir avec le mou­ve­ment social. Il n’é­tait pas en queue de cor­tège. Moi j’y étais avec des ami-e‑s et c’é­tait vrai­ment d’un calme olym­pien.
    Vous repre­nez les bourdes du D.L. ce n’est pas la vitrine d’un quin­cailler qui était visée cours Berriat mais les banques en face dont les vitrines ont été bri­sées. La quin­caille­rie, dont le patron est connu pour être au FN, est fer­mée déjà depuis plu­sieurs mois. A côté a bien été taguée (et non bri­sée) la vitrine du maga­sin « Terres cel­tiques » pas très nette non plus sur le plan poli­tique.
    Bref, c’est déjà inté­res­sant de lire un article sur la manif et de voir des pho­tos ou une vidéo, mais enfin … heu­reu­se­ment qu’on ne note pas 😉

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    • JK

      01/04/2016
      10:44

      Bonjour Caro

      Merci pour ces quelques pré­ci­sions. Pour ce qui concerne l’er­reur sur la quin­caille­rie, la bou­tique du quin­cailler est mitoyenne (40 cours Berriat) de Terres cel­tiques (au 42 du même cours,). Elles appar­tiennent en outre au même pro­prié­taire. Considérant mon angle de vision et la confu­sion qui régnait à ce moment pré­cis, mon prin­ci­pal souci était de pro­té­ger ma caméra… et moi-même. J’ai donc mal dis­tin­gué quelle était la bou­tique atta­quée. Cependant, nous vous signa­lons que contrai­re­ment à ce que vous affir­mez, d’im­por­tants dégâts ont été infli­gés à la bou­tique Terres cel­tiques et notam­ment à sa vitrine qui a été chan­gée dans l’a­près-midi.

      Concernant le posi­tion­ne­ment des poli­ciers place de l’Étoile, il pose cer­tai­ne­ment ques­tion mais n’é­tant pas dans le secret des dieux nous ne pou­vons vous répondre. C’est d’ailleurs la rai­son pour laquelle, cela ne vous aura pas échappé, nous avons consi­gné le com­mu­ni­qué de l’Unef dans l’en­cart à la fin de l’ar­ticle.

      Pour les chiffres, éter­nelle ques­tion : celui de 15.000 a été cité par un res­pon­sable syn­di­cal lors des prises de parole à l’an­neau de vitesse. Le chiffre de 35.000, que vous contes­tez, a été men­tionné par l’Unef dans son com­mu­ni­qué. Nous n’a­vons rien inventé.

      Enfin, il est facile de dis­tri­buer bonnes et mau­vaises notes. Vu la confi­gu­ra­tion de la mani­fes­ta­tion qui s’est éti­rée au fil de la marche, il était dif­fi­cile d’être par­tout à la fois et nous n’a­vons peut-être pas vu les mêmes choses aux mêmes moments. Merci en tout cas de nous lire.

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      • Bonjour JK
        Précision pour pré­ci­sion, entre la quin­caille­rie aux grilles fer­mées depuis des mois et « Terres cel­tiques », il y a un fast food chi­nois qui n’a rien eu à ma connais­sance. Effectivement, je me suis trom­pée, la vitrine de « Terres cel­tiques » a été quelque peu mal­me­née, comme celles des banques en face, elle est « car­ton­née » pour l’ins­tant. Pour faire autant de dégâts à des vitrines sécu­ri­sées, il en faut, et je pense plu­tôt à des gens bien outillés, venus pour cas­ser et non défi­ler.

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