Casse du droit du travail pour l’emploi ? On se moque des jeunes !

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BLOG ÉCONOMIE – La jeunesse appartient à la Génération Chômage. Le projet de loi sur le droit du travail feint de l’ignorer et n’aura pas d’impact significatif sur le chômage de masse.

 

 

 

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Bouguereau – La Jeunesse de Bacchus, 1884

 

Qui a dit : « Vous avez fait du code du tra­vail le bouc émis­saire de votre inca­pa­cité à créer de l’emploi et fait de son déman­tè­le­ment l’objet même de votre poli­tique » ? La gauche de la gauche ? La CGT ? Les Économistes atter­rés ? Non. François Hollande ! C’était il y a exac­te­ment dix ans, le 21 février 2006, après l’utilisation du 49 – 3 sur le contrat pre­mière embauche (CPE) par le pre­mier ministre de l’époque, Dominique de Villepin.

 

Le virage ultra-libé­ral entre­pris par le gou­ver­ne­ment pour « flexi­bi­li­ser » le mar­ché du tra­vail en sur­prend cer­tains. En réa­lité, le pro­jet de loi El Khomri sur (ou plu­tôt contre) le droit du tra­vail s’inscrit dans la longue lignée des réformes néo­li­bé­rales du mar­ché du tra­vail enga­gées en France depuis trente ans (pour une pré­sen­ta­tion de ces réformes, voir la remar­quable syn­thèse de Anne Eydoux et Anne Frétel [1]).

 

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Le chô­mage des jeunes, véri­table fléau de l’é­co­no­mie fran­çaise. DR

 

Aucune de ces réformes n’a réussi à « inver­ser la courbe » du chô­mage. Encore moins à enrayer le fléau numéro un de notre société : le chô­mage des jeunes. Le taux de chô­mage de cette géné­ra­tion sacri­fiée attei­gnait 26 % en France, fin 2015. Il est encore plus élevé en Italie (38 %), Espagne (46 %), Grèce (50 %)… Qui se pré­oc­cupe de cette tra­gé­die ?

 

On se moque des jeunes quand on tente de leur faire croire que c’est en cas­sant le droit du tra­vail que l’on va créer des mil­lions de jobs dans le sec­teur privé. La relance de l’activité des entre­prises passe d’abord par un car­net de com­mandes qui se rem­plit, pas par des pro­cé­dures de licen­cie­ment “Kleenex” et des jour­nées de tra­vail de 12 heures…

 

On se moque des jeunes quand on leur pro­pose des « emplois jeunes » sans len­de­main, des stages – non rému­né­rés – aussi inutiles qu’humiliants. Les bac + 5 qui ne trouvent pas d’emploi sont des fai­néants, c’est bien connu. Contentez-vous de jobs pré­caires et “ubé­ri­sés”, c’est tou­jours mieux que l’oisiveté !

 

On se moque des jeunes quand on ferme les yeux sur les nou­velles vagues d’émigration moti­vées par l’absence d’horizon radieux. Selon une étude récente de l’Insee, le nombre de per­sonnes qui ont quitté la France a explosé : 189 000 départs en 2006, puis 299 000 en 2013. Parmi eux, une grande majo­rité de jeunes âgés de 18 à 29 ans. Quel gâchis !

 

On se moque des jeunes de notre époque en les assi­mi­lant à de simples « digi­tal natives » insou­ciants et épi­cu­riens, à des tech­no­philes connec­tés créa­tifs et impa­tients. Les réduire à la « Génération Bataclan », expres­sion pro­po­sée en une de Libération le 16 novembre 2015, avec bien­veillance, est éga­le­ment réduc­teur.

 

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La une de Libération, le 16 novembre 2015

 

Certes, cette tra­gé­die a eu pour effet un sur­saut d’orgueil, de résis­tance et de soli­da­rité for­mi­dables. Mais cet élan post-Bataclan ne peut résu­mer les fon­de­ments de l’identité de la jeu­nesse, comme l’exprime avec jus­tesse Louis Lepron, dans un post sur le site de pop culture Konbini :

 

« À quelle “géné­ra­tion” appar­te­nons-nous fina­le­ment ? », s’interroge-t-il ? « À la géné­ra­tion chô­mage. La voilà, notre vraie “guerre”. Une guerre contre la pré­ca­rité. Une guerre contre la peur du len­de­main. Oui, Daech peut nous bles­ser, nous fusiller en ter­rasse ou lors d’un concert, et c’est atroce… Mais le chô­mage meur­trit notre géné­ra­tion, tous les jours, et depuis des années, nous don­nant para­doxa­le­ment une conscience géné­ra­tion­nelle tout en fusillant notre propre vivre ensemble ». 

 

Le pro­jet de loi El Khomri est en décon­nexion totale avec la réa­lité éco­no­mique et sociale de notre pays. Il ne répond pas aux aspi­ra­tions de la jeu­nesse. Il risque d’accroître les frus­tra­tions de la Génération Chômage et d’é­lar­gir le fossé avec les élites diri­geantes.

 

 

Jean-François Ponsot

 

 

 

[1] Anne Eydoux et Anne Fretel, “Réformes du mar­ché du tra­vail : des réformes contre l’emploi”,  jan­vier 2016.

[2] Louis Lepron, “Génération Bataclan” ? Nous sommes la “Génération chô­mage”, 26 novembre 2015.

 

 

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Commentaires 1
  1. Le droit du tra­vail n’est pas un frein à l’emploi. les pro­blèmes de com­pé­ti­ti­vité en France sont sys­té­miques alors qu’on dis­pose de la main d’oeuvre la plus pro­duc­tive d’Europe. Idem pour le niveau de charge ; que ce soit les employés ou les entre­prises qui les sup­portent, cela ne change rien à la struc­ture, par exemple des coûts indus­triels… Il faut cher­cher ailleurs les rai­sons du chô­mage de masse…

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