Dans la tête de Luis Ocaña

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Festival oenologique et musical Le Millésime à Grenoble du 5 au 20 octobre 2019

Il était « le soleil de la course », dixit Antoine Blondin, mais un soleil noir, une légende striée d’ombre. Hervé Bougel a entrepris dans un court texte de faire revivre la lumière paradoxale de Luis Ocaña. En 71 fragments, ce tombeau poétique fait vibrer les échos d’une épopée qui s’acheva dans le claquement d’une arme à feu.

 
 
Herve Bougel au Col de Mente sur les traces de Luis Ocaña

Herve Bougel au Col de Menté – DR

Tombeau pour Luis Ocaña, sorti ce printemps aux éditions de la Table ronde, n’est pas passé inaperçu. Et voici Hervé Bougel repéré, à la fois dans la presse sportive et littéraire. Joli coup, belle échappée, et heureuse victoire qui en appelle d’autres, j’en suis sûre. Parce qu’il est rondement mené et réussi ce petit livre, à la fois éclatant et sobre, tendu à craquer. Son écriture épouse le corps du champion, sans graisse, ramassée dans la justesse, elle avance d’un fragment à l’autre sans faiblir, à la fois nerveuse et irisée d’éclats.
 
 
Je me souviens moi aussi, de Luis Ocaña, j’en ai l’âge. J’ai gardé en mémoire sa chute au col de Menté, l’image d’une douleur à terre, sous un orage de fin du monde. Je me souviens de sa victoire auparavant à Orcières-Merlette, où il avait mis au Belge plus de huit minutes dans les dents, et fut célébré comme un nouveau héros. Car le coureur espagnol fut avant tout celui qui s’attaqua à l’ogre Merckx, jamais cité sous son nom dans le texte.
 
C’est pour partie ce défi, cette audace qui fit la légende de l’Espagnol de Mont-de-Marsan, l’autre partie plus sombre étant la malchance de la chute et de l’abandon. Même s’il finit par gagner le Tour en 1973, ce fut en l’absence du Cannibale. Puis vint l’effacement et l’oubli, la maladie plus tard, et la fin qu’il se donne, d’un coup de pistolet, pour rester jusqu’au bout arrogante.
 
 

L’orgueil et la douleur

 
 
Le parcours de Luis Ocaña champion malchanceux vainqueur du Tour de France en 1973

71 fragments pour dire le combat d’un homme.

Bien évidemment, Tombeau pour Luis Ocaña n’est pas la biographie en bonne et due forme d’un grand coureur cycliste. Même si Hervé Bougel s’est rendu quelque temps sur les lieux où le sportif a vécu, s’est imprégné des paysages, des cols pyrénéens, même s’il a voulu humer en quelque sorte le terreau de cette histoire…
 
Le récit dévide une vie de hauts et de bas, en balaie les épisodes les plus marquants, pour en faire jaillir à la fois l’orgueil et la douleur, et plus que tout une forme de rage qui ne laisse pas de répit, et relance le texte comme un tour de roue impérieux.
 
Fils d’immigré espagnol, dur à la tâche comme son père, l’homme Ocaña a fait le métier, et j’y vois là un écho à d’autres textes d’Hervé Bougel, textes qui parlent aussi de travail, et de l’entêtement à entrer dans un monde qui n’est pas le sien, à devenir ce que l’on est malgré les embûches, les empêchements.
 
J’avais seize ans, et je n’entrevoyais plus l’avenir qu’au travers de l’obstacle, du rébus, du point d’interrogation posé devant moi. Si le vélo a donné un corps à Luis Ocaña, l’écriture d’Hervé Bougel, tout en échappées et accélérations, lui tend comme une ombre, un prolongement, l’évocation d’un esprit qui mène son combat jusqu’au bout. 
 
 
Danielle Maurel
 
 
 
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Commentaires 2
  1. Danielle !
    Je viens de lire ce livre, d’une traite, en 71 étapes et tu me sers toute fraîche ta… (c’est quoi le synonyme de « critique » ? « Commentaire » !) ta « commentaire » donc !
    J’ai adoré ce parcours restitué « dent par dent » – on est en plein cyclisme -, dans l’atmosphère de la vigne, du bitume, de la compète’, du dépassement de soi et d’une vie poétique remplie de sueur…

    Vive « Le Tombeau d’Ocaña », camarade !
    Jean-Luc

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    • Bravo pour ton commentaire, on sent que tu as respiré, sué, tremblé, juré, craché dans la roue d’Ocana. C’est vrai que le texte du camarade Bougel est un petit condensé d’émotions cyclistes. A bientôt !

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