Raise Partner : Eric Piolle attaqué par l’opposition

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DÉCRYPTAGE – L’UMP et le PS grenoblois passent à l’attaque contre Eric Piolle. Ses opposants reprochent au maire de Grenoble d’avoir participé à la création en 2001 de Raise Partner, société de conseil pour investisseurs, dont certains clients sont situés dans des paradis fiscaux. Retour sur cette polémique.

 
 
Couverture du journal satirique Le Postillon Piolle pollueur été 2014

Couverture du jour­nal sati­rique Le Postillon.

Le Postillon l’a­vait évo­qué dans ses colonnes il y a plu­sieurs semaines, sans que l’af­faire ne fasse grand bruit. Eric Piolle a par­ti­cipé en 2001 à la créa­tion de Raise Partner, société de conseil des­ti­née à régu­ler les risques finan­ciers auprès des inves­tis­seurs. Avant de lais­ser les rênes de l’en­tre­prise à son asso­cié en conser­vant une part minime du capi­tal. Eric Piolle pos­sè­de­rait ainsi 9 000 euros de parts, selon la der­nière décla­ra­tion de patri­moine publique de l’élu. Soit moins de 0,5 % du capi­tal total de l’en­tre­prise, à en croire ce der­nier.
 
Un par­cours entre­pre­neu­rial – banal dans l’ab­solu – mais qui sur­prend quelque peu chez un élu éco­lo­giste, fût-il ancien cadre supé­rieur chez HP à Grenoble. Ses oppo­sants poli­tiques n’ont d’ailleurs pas man­qué de sai­sir la balle au bond. L’UMP 38 s’en est ainsi fait l’é­cho sur son site, avec une “révé­la­tion” : Raise Partner com­mer­cia­li­se­rait notam­ment ses solu­tions à Guernesey et aux Îles Caïmans, connus pour être des para­dis fis­caux*.
 
 
 

Une “imposture” pour l’UMP

 
 

 

“Révélation”, “scandale”… l'UMP38 s'en donnent à cour joie contre Eric Piolle et Raise Partner sur son site.

“Révélation”, “scan­dale”… L’UMP38 s’en donne à cœur joie contre Eric Piolle sur son site.

Et l’UMP de dénon­cer : « ne s’appliquer aucune des règles déon­to­lo­giques qu’on réclame et entend impo­ser tourne à l’imposture. » Visé par ces pro­pos, l’enga­ge­ment 64 de Grenoble, une ville pour tous qui pré­ci­sait : « La Ville exclura les éta­blis­se­ments ban­caires concer­nés par des acti­vi­tés directes ou indi­rectes dans les para­dis fis­caux de ses contrats de prêts. Comme l’ont ini­tié de nom­breuses régions fran­çaises, la Ville deman­dera un rap­port annuel sur leurs acti­vi­tés aux éta­blis­se­ments ban­caires avec qui elle contracte des prêts. »
 
Autre grief for­mulé à l’en­contre d’Eric Piolle : l’exis­tence même de filiales de Raise Partner à Londres, « lieu très prisé des socié­tés off­shore qui fuient le fisc de leur pays » et à Singapour, « un para­dis fis­cal réputé ». Enfin, la droite locale met en cause un mon­tage de socié­tés com­plexes, en lais­sant entendre qu’il s’a­git, si ce n’est de l’é­va­sion, de l’op­ti­mi­sa­tion fis­cale. « A ce stade, nous ne pou­vons que nous poser des ques­tions sur ces mon­tages dont on ne peut contes­ter – a priori – la léga­lité. »
 
 

Lettre ouverte de Jérôme Safar

 
 
Le PS gre­no­blois a, lui aussi, fini par réagir ce lundi 7 juillet, en par­ti­cu­lier, suite à la paru­tion d’un article du Lab d’Europe 1, don­nant à cette infor­ma­tion une tona­lité moins poli­tique… Et lui per­met­tant de ne pas citer l’UMP. Jérôme Safar, can­di­dat mal­heu­reux à la mai­rie de Grenoble et pré­sident du groupe Rassemblement de gauche et de pro­grès, a ainsi pré­senté une lettre ouverte dans laquelle il inter­pelle Eric Piolle.
 
« […] l’ac­tion­naire indi­vi­duel Eric Piolle ne semble pas s’é­mou­voir outre mesure de pos­sé­der des actions de socié­tés qui ont sans doute des liens avec ces mêmes para­dis fis­caux que l’élu Eric Piolle a choisi de dénon­cer avec force… Chacun appré­ciera le deux poids deux mesures. […] Comment pen­sez-vous être cré­dible doré­na­vant dans le com­bat que vous sou­hai­tez por­ter, alors qu’une par­tie de votre patri­moine est liée à l’ac­ti­vité et la créa­tion d’une entre­prise qui favo­rise l’op­ti­mi­sa­tion finan­cière de ses clients, pre­nant le risque de repré­sen­ter l’exact contraire de ce que vous vou­lez incar­ner ? »
 
Jérôme Safar

Jérôme Safar tance sévè­re­ment Eric Piolle dans sa lettre ouverte. © Nils Louna – placegrenet.fr

 
 

Une polémique qui fait Pschit pour Eric Piolle

 
 
Attaqué sur sa gauche et sur sa droite, le prin­ci­pal inté­ressé s’est défendu de toute contra­dic­tion, lors d’une confé­rence de presse ce lundi (cf. vidéos sur France 3 Alpes). « La démarche de Raise Partner, c’est d’in­tro­duire de la régu­la­tion dans le monde de la finance. La régu­la­tion est un com­bat entre les régu­la­teurs et les libé­raux et il est évident que tous ces gens-là tra­vaillent ensemble. Ça n’a pas de sens de faire de la ges­tion et de la régu­la­tion des risques avec des gens qui font pous­ser du blé en Isère… Ils tra­vaillent avec les banques. »
 

 

© Nils Louna - placegrenet.fr

© Nils Louna – placegrenet.fr

[Raise Partner] serait d’ailleurs loin de sen­tir le souffre, selon le maire de Grenoble : « [La société] tra­vaille avec la Commission euro­péenne et a été sol­li­ci­tée par le Secrétaire d’État au Trésor amé­ri­cain qui l’a consul­tée pour sa contri­bu­tion dans la régu­la­tion. »
 
Et l’élu d’en­fon­cer le clou : « J’ai fait le choix de m’en­ga­ger for­te­ment à l’en­droit où je peux avoir de l’im­pact, c’est-à-dire dans le sys­tème. […] C’est la conti­nuité de mon par­cours qui ne renie rien de ma vie anté­rieure. »
 
Pas sûr que l’UMP et le PS gre­no­blois se contentent de ces décla­ra­tions…
 
 
Paul Turenne
 
 
* Les îles anglo-nor­mandes Jersey et Guernesey ont pris un enga­ge­ment à amé­lio­rer la trans­pa­rence et à mettre en place des échanges effec­tifs de ren­sei­gne­ments en matière fis­cale auprès de l’OCDE en 2002.
 
 
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Commentaires 9
  1. sep article
    • Excusez-moi, mais il n’y a aucune nou­veauté dans cet article du Postillon puis­qu’il est déjà cité dans le texte de cette même page, au 1er para­graphe, après l’in­tro.
      Ce qui est nou­veau, en revanche, c’est cet article d”  »Arrêt sur image » que cite Lionel juste en des­sous. Ce qui serait bien, c’est qu’on remette les pen­dules à l’heure une bonne fois pour toute et qu’on arrête la pro­pa­ga­tion des rumeurs.

      sep article
      • PT

        11/07/2014
        19:02

        @ Caro

        Pour infor­ma­tion, l’ar­ticle du Postillon que cite Jacques (en ligne) n’est pas le même que celui auquel fait réfé­rence l’ar­ticle (ver­sion papier du Postillon paru avant le lan­ce­ment de la polé­mique).
        Cordialement,

        Paul Turenne

        sep article
      • @Paul Turenne,
        Comme vous ne pou­vez publier la ver­sion papier, dans le texte il est bien ques­tion de la ver­sion inter­net.
        C’est un point de détail, dirait l’autre, mais en com­plé­ment on peut lire avec plai­sir l’ar­ticle de l’ADES
        http://www.ades-grenoble.org/wordpress/2014/07/11/diversion-grossiere-et-manipulation/
        où l’on apprend en rigo­lant que tout ce beau monde qui main­te­nant crache sur Piolle avait voté des sub­ven­tions pour l’en­tre­prise Raise Partner :
        […] « Si « Raise Partner » fait des choses pas bien, pour­quoi donc MM. Chamussy et Safar ont voté des cré­dits d’argent public pour aider cette société dans ses recherches ? Ce serait autre­ment plus grave que l’argent privé qu’Eric Piolle a dépensé pour ache­ter ses actions pour 900 € en 2001 !

        En effet « Raise Partner » a piloté une recherche et déve­lop­pe­ment (OPTIMYST’2 entre 2009 et 2012 pour 2,9 M€) sou­te­nue par le pôle de com­pé­ti­ti­vité Minalogic en par­te­na­riat avec notam­ment le CEA (direc­teur Jean Therme) et l’Université Joseph Fourrier. MM. Safar et Chamussy ont voté toutes les déli­bé­ra­tions aidant ce pôle et ses recherches donc « Raise Partner ». Si cette société était aussi peu recom­man­dable que ce qu’ils en disent, alors ces per­sonnes auraient mobi­lisé de l’argent public pour la finan­cer, ils devraient alors rendre des comptes. » […]

        Cordialement itout

        sep article
  2. Hum…
    L’article n’est pas très pré­cis, mais si je com­prends bien, Raise part­ner est une entre­prise qui conçoit des logi­ciels à des­ti­na­tion des banques et socié­tés de ges­tion finan­cière.
    Ainsi, le pos­tillon, L’ump 38 et le PS 38 s’é­tonnent que les banques tra­vaillent et ont des filiales dans des endroits tel que Guernesey et les îles Caïmans.

    Cela conduit à deux remarques :
    Le pos­tillon, L’UMP 38 et le PS 38 découvrent le monde, c’est un peu inquié­tant pour les 2 der­niers qui pré­tendent diri­ger la région, voir le pays…
    Christine Lagarde, puis Pierre Moscovici ont publiés depuis 2010 la liste offi­cielle des para­dis fis­caux (Arrêté du 17 jan­vier 2014 pour la der­nière liste) . Guernesey et les îles Caïmans n’en font pas par­tis…

    Bref, une tem­pête dans une tasse de thé, comme on dit à Guernesey.

    sep article
  3. Un article d’Arrêt Sur Image sur cette « affaire ».
    http://www.arretsurimages.net/chroniques/2014 – 07-08/Eric-Piolle-cet-autre-ami-de-la-bonne-finance-id6894

    Où l’on apprend que les seuls liens avec des para­dis fis­caux dénon­cés par l’UMP, sont en fait deux fac­tures que des clients de RaisePartner ont réglées via un compte ban­caire à Guernesey pour l’un et aux îles Caïman pour l’autre. On ne peut donc pas dire que RaisePartner com­mer­cia­lise sa solu­tion dans ces para­dis fis­caux, ça n’a pas de sens.

    Bref, c’est tel­le­ment bâti sur du vent, cette polé­mique, que je suis déçu que Jérôme Safar saute à pieds joints dedans… Il y aurait tel­le­ment d’autres choses per­ti­nentes à cri­ti­quer chez Eric Piolle et son équipe !

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    • Merci beau­coup pour le lien vers l’ar­ticle d”  »Arrêt sur image ». J’ai pu le pla­cer un cer­tain nombre de fois … ça fait plai­sir de pou­voir réta­blir la vérité face à des cha­ro­gnards.

      sep article
  4. L’UMP 38, par son pré­sident Peyrin, le PS 38 par l’ex can­di­dat à la mai­rie Safar, se sont don­nés com­bien de temps pour des­cendre Eric Piolle qui a eu le grand tort, à leurs yeux, de les battre aux élec­tions muni­ci­pales et de belle manière.
    Ce n’est pas la pre­mière fois que ces mau­vais per­dants s’en prennent au nou­veau maire.
    Pas de pot pour eux, ils se ridi­cu­lisent en croyant cacher pour l’un les cas­se­roles de Paul Bismuth, et pour l’autre son échec tant éco­no­mique que socié­tal à la tête du gou­ver­ne­ment.
    Il n’y a aucun rap­port entre le pro­gramme de Piolle pour la ville et ce qu’il fait de son patri­moine, il n’y a aucu­ne­ment mélange des genres, comme ses enne­mis veulent le faire entendre, alors que Copé, lui, se sert du por­te­mon­naie de l’UMP pour payer des achats per­son­nels, comme les billets d’a­vion de Mme Copé.
    Mesurez vos paroles, les oppo­sants, faites preuve de luci­dité et d’ob­jec­ti­vité, même si cela vous est fort dif­fi­cile. 😉

    sep article
  5. J’ai lu que cette par­ti­ci­pa­tion dans cette entre­prise date de 2001 et en fait lié à l’ac­ti­vité de son épouse et sur­tout décla­rée ouver­te­ment pen­dant la cam­pagne dans son patri­moine. Du coup pour­quoi ceci refait sur­face main­te­nant ? A qui pro­fite cette confu­sion ? L’opposition de gauche comme de droite ne pour­raient elles pas co-tra­vailler avec la majo­rité élue pour le bien être des Grenoblois ? Pourrait on alors sor­tir de la poli­tique poli­tico poli­ti­cienne ? Peut on espé­rais une démo­cra­tie plus apai­sée et pro­duc­tive ? Grenobloises, Grenoblois, sou­hai­tons le nous 😉

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