Saint Laurent, une rue en pleine mutation

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REPORTAGE – Avec la fin des travaux de réaménagement en octobre 2013, la rue Saint Laurent, l’une des plus anciennes de Grenoble, a connu une amélioration esthétique et le passage partiel en aire piétonne. Mais cette transformation a aussi été l’amorce d’une autre mutation. Habitants et commerçants ont en effet le désir commun d’insuffler un dynamisme nouveau à leur rue. Une quête identitaire tournée vers l’art et la culture, déjà très présents au sein du quartier.

 
 

 

 

Place de la cymaise à Grenoble au début de la rue Saint Laurent avec vue sur L'Eco' Musée Le Mont Rachais un arbre et le lion © Delphine Chappaz - placegrenet.fr

L’Eco” Musée Le Mont Rachais, place de la Cymaise. © Delphine Chappaz – placegrenet.fr

 
 
« Dans l’en­semble, les tra­vaux ont été posi­tifs car la rue est plus propre, plus déga­gée, plus lumi­neuse. Il y a moins de voi­tures » constate Charles Rubino, direc­teur de la radio ita­lienne de Grenoble, basée depuis trente ans rue Saint Laurent. « Il faut lais­ser un peu de temps pour que les gens prennent de nou­velles habi­tudes avec la rue deve­nue pié­tonne.
 
Pour ce der­nier, le pro­blème du sta­tion­ne­ment n’en est pas un. « Il y en a for­cé­ment qui vont dire qu’ils veulent une place de garage devant chez eux mais, dans la mesure où il y a d’autres infra­struc­tures qui per­mettent de se garer, ce n’est pas gênant. Le par­king du musée peut être très plein à cer­tains moments mais à d’autres il n’y a pas grand monde. Il faut voir à l’u­sage ce qu’il est néces­saire de faire. »
 
 
 

“Avant les travaux, c’était vieillot et glauque”

 
 
Jeune couple ins­tallé en loca­tion dans le quar­tier depuis juin 2013, Aurélien Thévenet et Florie Philippe se sou­viennent : « Avant les tra­vaux, c’é­tait vieillot et glauque. On ne venait que pour la boîte de nuit Le Vieux Manoir. Maintenant, on a vrai­ment une très bonne impres­sion. Sauf pour le sta­tion­ne­ment. L’accès en voi­ture est inter­dit entre 13h et 18h et il est limité à vingt minutes ! Nous, nous nous garons à l’Ile verte. Des gens ont com­mencé à se faire livrer leurs courses depuis que la rue est fer­mée à la cir­cu­la­tion. Tout le monde est obligé de trou­ver des solu­tions. »
 
 
Les façades rénovées et colorées de la rue Saint Laurent à Grenoble © Delphine Chappaz - placegrenet.fr

Les façades réno­vées et colo­rées de la rue Saint Laurent. © Delphine Chappaz – placegrenet.fr

 

 

Avec le pas­sage en zone pié­tonne, cer­tains com­mer­çants se plaignent, pour leur part, d’une baisse de la fré­quen­ta­tion, faute de places de sta­tion­ne­ment pour la clien­tèle. Certains jugent même que la rue est deve­nue “morte”, suite à la réno­va­tion. Cette der­nière satis­fait tou­te­fois le plus grand nombre.
 
 
Fabrice Nesta artiste plasticien cogérant de l'Atelier Bis rue Saint Laurent à Grenoble souriant devant des portraits dessinés en noir et blanc © Delphine Chappaz - placegrenet.fr

Fabrice Nesta, artiste plas­ti­cien. © Delphine Chappaz – placegrenet.fr

A l’i­mage de Fabrice Nesta, artiste plas­ti­cien à l’Atelier Bis, qui se réjouit de pou­voir tra­vailler portes ouvertes aux beaux jours, sans le désa­gré­ment du pas­sage auto­mo­bile. « C’est très agréable. Ça fait venir les gens et une conver­sa­tion s’en­gage. La rue pié­tonne peut ren­for­cer ce côté-là. Je pense que le béné­fice est plus grand que l’in­con­vé­nient. »
 
De son côté, Mélanie Celdran, gérante du salon d’es­thé­tique O’nixe est aga­cée par la ren­gaine : « Depuis la fin des tra­vaux, on ne parle que des places de par­king. Il n’y avait déjà pas for­cé­ment de places pour se garer avant. J’aimerais bien que d’autres choses soient mises en avant. » La nou­velle vie du quar­tier par exemple. Que se trame-t-il alors dans les cou­lisses de la rue Saint Laurent ?
 
 
 

Un nouveau quartier des arts grenoblois ?

 
 
Un regard curieux depuis la rue vous don­nera sûre­ment le loi­sir d’a­per­ce­voir Sandrine Giboin tra­vaillant dans son ate­lier coloré Framboisine. Un ate­lier de pein­ture et déco­ra­tion de meubles démo­dés qu’elle a ouvert en mars 2013, en plein milieu de la rue Saint Laurent. Si Sandrine s’est ins­tal­lée là, c’est par choix mais aussi par oppor­tu­nité.
 
 
Sandrine Giboin gérante de l'atelier Framboisine atelier de peinture et décoration de meubles démodés rue Saint Laurent à Grenoble © Delphine Chappaz - placegrenet.fr

Sandrine Giboin gérante de l’a­te­lier Framboisine. © Delphine Chappaz – placegrenet.fr

 
 
« Je cher­chais un local parce que mon pro­jet de créa­tion était ficelé. Les loyers dans le privé sont assez chers, alors je me suis adres­sée à la Pousada (ndlr : ges­tion­naire coopé­ra­tif de pépi­nières d’en­tre­prises). Ils m’ont pro­posé des locaux ici ou rue Très Cloître. La rue Saint Laurent s’y prê­tait car mon acti­vité, liée à l’art, cor­res­pon­dait à l’es­prit du quar­tier. Les gens le disent, c’est un quar­tier d’ar­tistes ici. Je trou­vais que c’é­tait bourré de charme et ça me sem­blait assez idyl­lique d’être ins­tal­lée là en tant que com­merce. »
 
L’exemple de Sandrine illustre bien l’é­vo­lu­tion atten­due du quar­tier, telle que l’a mon­trée une étude menée en 2012 – 2013 à l’i­ni­tia­tive de la ville de Grenoble. « Le but était d’ac­com­pa­gner la redy­na­mi­sa­tion com­mer­ciale, dans le cadre du réamé­na­ge­ment de l’es­pace public des quais de l’Isère », explique Valérie Le Bras, chef de pro­jet au ser­vice éco­no­mie.
 
Plan rapproché sur la fontaine au lion domptant l'Isère sous forme de serpent Place de la cymaise à Grenoble au début de la rue Saint Laurent © Delphine Chappaz - placegrenet.fr

La fon­taine au lion qui sym­bo­lise Grenoble domp­tant l’Isère, repré­sen­tée sous forme de ser­pent. © Delphine Chappaz – placegrenet.fr

« Les orien­ta­tions rete­nues étaient en lien avec l’ar­ti­sa­nat d’art et les com­merces de proxi­mité. Par exemple, l’étude indique que la rue pour­rait accueillir une deuxième épi­ce­rie fine. Outre deux musées dans le sec­teur, beau­coup de bou­tiques d’art et d’as­so­cia­tions du milieu artis­tique sont déjà pré­sentes. Il faut donc pour­suivre dans ce sens ».
 
En effet le Musée dau­phi­nois et le Musée archéo­lo­gique ponc­tuent cha­cun une extré­mité de la rue. Sans comp­ter la proxi­mité du musée de Grenoble, juste de l’autre côté de la pas­se­relle pié­tonne.
 
 
 

Accompagner l’installation de jeunes entreprises

 
 
L’installation de nou­velles entre­prises devrait encore être faci­li­tée car Actis, pro­prié­taire de nom­breux locaux com­mer­ciaux, a signé une conven­tion avec la ville de Grenoble, la Métro et la Pousada. Objectif : faire entrer ses locaux dans un dis­po­si­tif pépi­nière qui vise à accom­pa­gner l’installation de jeunes entre­prises. Sandrine Giboin, dont l’a­te­lier est entré dans la pépi­nière d’en­tre­prises, a pu béné­fi­cier de condi­tions d’ins­tal­la­tions plus aisées, comme un loyer pro­gres­sif sur 23 mois.
 

 

Le café des Arts dans la rue Saint Laurent à Grenoble © Delphine Chappaz - placegrenet.fr

Le café des Arts rue Saint Laurent. © Delphine Chappaz – placegrenet.fr

Par ailleurs, la ville de Grenoble a aidé les socié­tés déjà ins­tal­lées à réa­li­ser des tra­vaux d’investissements, dans le cadre du dis­po­si­tif Fisac (Fonds d’in­ter­ven­tion pour les ser­vices, l’ar­ti­sa­nat et le com­merce). C’est notam­ment le cas du res­tau­rant Verveine.
 
 
 
Passer “la bar­rière infran­chis­sable du pont”
 
 
Malgré le nou­vel attrait de la rue Saint Laurent et la mise en place du dis­po­si­tif d’en­cou­ra­ge­ment à l’ins­tal­la­tion, des locaux res­tent vacants. La situa­tion géo­gra­phique de la rue n’y est pas pour rien. Son carac­tère excen­tré sur la rive droite en fait une zone de com­merce de des­ti­na­tion et non une liai­son com­mer­ciale conti­nue, comme en centre ville. « La grosse dif­fi­culté, c’est que les gens ont du mal à tra­ver­ser l’Isère. C’est la bar­rière infran­chis­sable du pont » explique Mélanie Celdran, la jeune esthé­ti­cienne.
 
Fabrice Nesta, cogé­rant de l’Atelier Bis avoue volon­tiers : « Moi qui habite Place aux herbes, je n’y allais jamais avant d’y tra­vailler. Pourtant, c’est une rue qui fait vrai­ment par­tie du patri­moine gre­no­blois. Tout le monde la connaît. » Ayant ouvert son ate­lier depuis un an, il remarque : « Du fait que ça soit devenu pié­ton, beau­coup de badauds se pro­mènent main­te­nant le dimanche entre le Musée dau­phi­nois et la crypte Saint Laurent. Mais la semaine il y a beau­coup moins de pas­sage. »
 
 
Vue des quais de l'Isère à Grenoble depuis la passerelle Saint Laurent avec la place Cymaise en arrière-plan © Delphine Chappaz - placegrenet.fr

Vue des quais de l’Isère depuis la pas­se­relle Saint Laurent. © Delphine Chappaz – placegrenet.fr

 
 
De nou­veaux pro­jets d’a­ni­ma­tions
 
 
Tout l’en­jeu est donc de don­ner envie aux Grenoblois de par­cou­rir Saint Laurent en semaine et pas seule­ment le week-end, lors­qu’ils arpentent la Bastille. « Depuis sep­tembre, on est une dizaine de com­mer­çants à essayer de mon­ter un genre de col­lec­tif pour pro­po­ser des ani­ma­tions autour de l’art. Ça pour­rait être un mar­ché ou une noc­turne de l’art » s’en­thou­siasme Mélanie Celdran. « Nous n’a­vons pas d’exis­tence offi­cielle mais nous avons l’ap­pui de l’u­nion de quar­tier qui a les contacts et l’ha­bi­tude. Les habi­tants sont aussi prêts à nous aider. Nous aime­rions qu’il y ait autre chose que la bro­cante à Saint Laurent. »
 

 

Brocante dans la rue Saint Laurent à Grenoble © Joël Kermabon - placegrenet.fr

La bro­cante rue Saint Laurent. © Joël Kermabon – placegrenet.fr

Une ini­tia­tive qui a été encou­ra­gée par la ville de Grenoble. Le 15 jan­vier der­nier, une ren­contre entre les com­mer­çants, les ser­vices de la ville et les chambres consu­laires avait ainsi été orga­ni­sée. « De très petites entre­prises sont implan­tées à Saint Laurent, pré­cise Valérie Le Bras. La ville a sou­tenu leurs ini­tia­tives d’animations et s’est faite le relais auprès des chambres consu­laires et de l’asso­cia­tion des com­mer­çants de Grenoble Label ville pour les aider à faire émer­ger des pro­jets d’animations col­lec­tives ».
 
 
 
Trouver une iden­tité

 

 
Fabrice Nesta sou­ligne tou­te­fois la dif­fi­culté d’une démarche col­lec­tive : « On voit bien la volonté de tous car on se réunit, mais cha­cun avec des attentes dif­fé­rentes. L’idée, c’est de m’as­so­cier à ces efforts, même si l’on n’en attend pas un béné­fice direct à l’Atelier. Maintenant que la rue est super belle, il faut se dis­tin­guer, trou­ver une iden­tité et que tout le monde s’y retrouve dans l’in­té­rêt de la rue. »
 
 

 

Devanture de l'épicerie Alimentation générale Clapion rue Saint Laurent à Grenoble avec deux hommes cassant des palettes de bois sur le trottoir © Delphine Chappaz - placegrenet.fr

© Delphine Chappaz – placegrenet.fr

Saint Laurent peut donc appa­raître endor­mie au pre­mier abord mais est en pleine effer­ves­cence en cou­lisse. A l’i­mage d’Aurélien et Florie, elle devrait logi­que­ment séduire de plus en plus de futurs rési­dents, pro­fes­sion­nels et pro­me­neurs dans les mois à venir. « C’est devenu un quar­tier vrai­ment sympa où l’on peut se pro­je­ter. Il y a une école juste au bout de la rue. Cela donne envie de s’y ins­tal­ler sur la durée. »
 
 
Delphine Chappaz
 
 
 
Pays Voironnais, un jour, une activité
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