Chantier du CEA : l’incident reclassé

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FOCUS – D’abord classé de niveau 2, l’incident survenu sur un chantier de démantèlement du CEA de Grenoble en août 2013 a été reclassé en niveau 1 par l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN). Pour le gendarme du nucléaire, il n’y aurait pas eu dépassement de dose sur un travailleur, mais mauvaise utilisation des appareils de mesure de la radioactivité.

 
 

 

© Véronique Serre - placegrenet.fr

Le jeune tra­vailleur était sorti de son silence en jan­vier 2014 pour poin­ter les lacunes sur les chan­tiers du CEA et de l’ins­ti­tut Dolomieu © Véronique Serre – placegrenet.fr

L’autorité de sûreté nucléaire a reclassé en niveau 1 l’incident sur­venu le 23 août 2013 sur le chan­tier de déman­tè­le­ment du Laboratoire d’analyse des maté­riaux acti­vés (Lama) du CEA de Grenoble, où un tra­vailleur affir­mait avoir été exposé à une source radio­ac­tive.
 
A l’époque, l’incident avait été pro­vi­soi­re­ment classé 2, sur une échelle allant de 0 à 7. Aujourd’hui, après exper­tise du rap­port d’analyse par l’Institut de radio­pro­tec­tion et de sûreté nucléaire (IRSN), l’ASN est pour le moins pru­dente et parle d’« expo­si­tion pré­su­mée ».
 
 
“Le dépas­se­ment n’est pas avéré”
 
 
Que s’est-il passé, ce 23 août 2013, alors que des tra­vailleurs de l’entreprise D&S, sous-trai­tante, effec­tuaient des opé­ra­tions de tami­sage pour sépa­rer les gra­vats de pous­sières sup­po­sées fai­ble­ment radio­ac­tives ? L’un d’eux a‑t-il réel­le­ment été exposé à une par­ti­cule hau­te­ment radio­ac­tive, une pous­sière de césium-137, reli­quat d’une pré­cé­dente opé­ra­tion du CEA ? Et à quelle dose ?
 
« Après exper­tise du rap­port d’analyse de cet inci­dent, il appa­raît que le dépas­se­ment de la limite régle­men­taire n’est pas avéré », relève l’ASN dans son avis rendu public, ce mer­credi 5 mars. 
 

 

© Véronique Serre - placegrenet.fr

D’après ce sala­rié, le dosi­mètre affi­chait 40 000 microsieverts/heure. © Véronique Serre – placegrenet.fr

Pourtant, à la lec­ture de l’appareil de mesure de la radio­ac­ti­vité, une limite de dose avait été dépas­sée au niveau de la peau, jus­ti­fiant le clas­se­ment ini­tial en niveau 2. 
Le tra­vailleur par­lait, lui, de « 40 000 microsieverts/heure » affi­chés sur son dosi­mètre élec­tro­nique.
 
Comment de si hautes valeurs ont pu être rele­vées ? Le dosi­mètre que por­tait le tra­vailleur a‑t-il été mal uti­lisé ? « Ce qui est en ques­tion, ce sont les condi­tions d’utilisation d’un appa­reil de mesure de la radio­ac­ti­vité… », élude Matthieu Mangion, chef de la divi­sion lyon­naise de l’ASN. 
 
Si ce qu’avance l’ASN et ce que lais­sait éga­le­ment sup­po­ser le pré­sident direc­teur géné­ral de D&S s’avère exact, les cir­cons­tances qui entourent un tel geste res­tent obs­cures. Erreur humaine ? Volonté déli­bé­rée de faus­ser les résul­tats ? Et pour­quoi ?
Les rela­tions entre le patron de D&S et son jeune tra­vailleur y sont-elles pour quelque chose ? De son côté, le jeune homme main­tient sa ver­sion des faits et se dit “pas du tout sur­pris du reclas­se­ment”.*
 
 
La dénu­cléa­ri­sa­tion sans reproches ?
 
 
En octobre 2013, le sala­rié a été licen­cié pour faute lourde.** Mais il n’a de cesse, depuis, de dénon­cer les condi­tions de tra­vail et un cer­tain laxisme dans les modes opé­ra­toires sur les chan­tiers d’assainissement de sites qui ont abrité des acti­vi­tés nucléaires. A Grenoble, ce fut le CEA puis l’ins­ti­tut Dolomieu. Dans les deux cas, ses accu­sa­tions ont amené l’ASN à inter­ve­nir. Et à reca­drer l’université Joseph-Fourier en ce qui concerne l’institut.
 
Quant au chan­tier du CEA, le gen­darme du nucléaire enfonce le clou, poin­tant les « insuf­fi­sances, en ce qui concerne la pré­pa­ra­tion de l’intervention, rele­vées par l’ASN lors des ins­pec­tions du CEA et de la société D&S » les 5 et 6 sep­tembre 2013
Des lacunes donc mais pas de quoi jus­ti­fier le main­tien du clas­se­ment de l’incident du 23 août en niveau 2. L’incident n’a donc, aux dires des conclu­sions offi­cielles, pas eu de consé­quences sur le site comme hors site. 
 
 
Patricia Cerinsek
 
 
 
* Contacté, le jeune homme n’a pas sou­haité com­mu­ni­quer davan­tage, dans l’at­tente du cour­rier de l’ASN.
 
** « Les doses rete­nues aujourd’hui par la méde­cine du tra­vail et l’IRSN sont très en-des­sous des limites régle­men­taires, pré­cise Benoît Marc, le PDG de D&S dans un com­mu­ni­qué. Ces doses minimes n’ont rien à voir avec son licen­cie­ment pour faute lourde. »
 
 
 
 
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