Automne 43 : résistance et répressions

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ENTRETIEN – Alors que l’on com­mé­more, cette année, les 70 ans de la libé­ra­tion de Grenoble, le musée de la résis­tance et de la dépor­ta­tion de l’Isère pro­pose au public de décou­vrir jusqu’au 19 mai pro­chain son expo­si­tion tem­po­raire “Automne 1943”. Grenoble bas­cule alors dans la guerre. Jusque-là pla­cée sous l’autorité du gou­ver­ne­ment de Vichy, puis occu­pée par les Italiens, la capi­tale des Alpes est enva­hie en sep­tembre par les troupes alle­mandes. Ce seront les années les plus sombres de la Seconde Guerre mon­diale pour la ville isé­roise, entre résis­tance et répres­sions. Rencontre avec Gilles Emprin, his­to­rien et cores­pon­sable du ser­vice édu­ca­tif du musée. Il revient pour nous sur cette période de l’Histoire.
 
 
 
L'exposition "Automne 1943 - résistance et répressions" est à découvrir jusqu'au 19 mai au Musée de la Résistance de Grenoble © Maïlys Medjadj

L’exposition « Automne 1943 – résis­tance et répres­sions » est à décou­vrir jus­qu’au 19 mai au Musée de la Résistance de Grenoble © Maïlys Medjadj

“Automne 1943, résis­tance et répres­sions” est la nou­velle expo­si­tion tem­po­raire du musée de la résis­tance et de la dépor­ta­tion de l’Isère. Pourquoi avoir choisi ce sujet ?
 
2014 est une grosse année de com­mé­mo­ra­tions, avec notam­ment le 70ème anni­ver­saire de la libé­ra­tion de Grenoble. Mais le vrai tour­nant dans l’histoire de l’Isère, c’est l’automne 1943, avec le début de l’occupation alle­mande. Une occu­pa­tion qui va chan­ger beau­coup de choses, aussi bien pour la résis­tance que pour la vie quo­ti­dienne et les Grenoblois en géné­ral. Au tra­vers de cette expo­si­tion, nous avons voulu mon­trer ce tour­nant his­to­rique pour la capi­tale des Alpes.
 
 
 
En quoi l’au­tomne 1943 repré­sente-t-il véri­ta­ble­ment un tour­nant dans l’his­toire de l’Isère ?
 

 

Les troupes allemandes à Grenoble © Musée de la Résistance et de la Déportation de l'Isère

Les troupes alle­mandes à Grenoble © Musée de la résis­tance et de la dépor­ta­tion de l’Isère

Les Français ont vécu dif­fé­rents évé­ne­ments lors de cette période. Dès 1940, Paris est occu­pée par les Allemands. La situa­tion y est donc dif­fi­cile mais claire. Dans la zone sud, c’est plus com­pli­qué. Tout le Sud-Est de la France est une zone dite “libre”, pla­cée sous l’autorité du gou­ver­ne­ment de Vichy. Les habi­tants ont, pen­dant deux ans, l’impression d’une rela­tive tran­quillité. Le gou­ver­ne­ment de Vichy est en effet répres­sif contre cer­tains types de per­sonnes comme les com­mu­nistes, les francs-maçons, les Juifs et les étran­gers, mais l’Isérois moyen n’est pas direc­te­ment menacé.
 
A par­tir de novembre 1942, cette zone passe sous auto­rité ita­lienne, suite à des accords signés entre les Allemands et les Italiens. La zone libre dis­pa­raît alors tota­le­ment et s’ouvre une période d’occupation assez spé­ciale qui va durer neuf mois. L’armée ita­lienne n’est pas dans une logique de guerre mais de contrôle, d’affirmation. Quelques maquis sont atta­qués par des Italiens en Haute-Savoie mais, glo­ba­le­ment, le cli­mat est plu­tôt calme. A titre d’exemple, il n’y a eu qu’un seul mort en Isère et une cin­quan­taine d’arrestations durables durant cette période. Les Italiens partent fina­le­ment le 8 sep­tembre 1943 dans le plus grand désordre et sont immé­dia­te­ment rem­pla­cés par les Allemands. Et là, tout va chan­ger. Grenoble entre véri­ta­ble­ment dans la Seconde Guerre mon­diale.
 
 
 
Qu’est-ce qui va chan­ger avec l’arrivée des troupes alle­mandes dans la capi­tale des Alpes ?
 
Les Allemands arrivent très rapi­de­ment après le départ des troupes ita­liennes, dès les 8 et 9 sep­tembre 1943. Et dès le mois d’octobre, ils pro­cèdent à des rafles dans les vil­lages isé­rois sus­cep­tibles d’abriter des réfu­giés juifs. Beaucoup d’entre eux se sont, en effet, réfu­giés en Isère au moment de l’occupation ita­lienne puisque toutes les dépor­ta­tions ont été stop­pées. La région était deve­nue, en quelque sorte, un refuge pour les per­sé­cu­tés de tous styles et, sur­tout, pour les Juifs. Mais ce refuge va deve­nir un piège.
 
 
L'explosion de la Caserne de Bonne le 2 décembre 1943 © Musée de la Résistance et de la Déportation de l'Isère

L’explosion de la caserne de Bonne le 2 décembre 1943 © Musée de la résis­tance et de la dépor­ta­tion de l’Isère

 
 
 
La résis­tance était-elle alors déjà bien orga­ni­sée à Grenoble ?
 
Grenoble était un peu le centre névral­gique. Il ne faut tou­te­fois pas croire que la résis­tance se résu­mait à des jeunes armés se cachant dans les mon­tagnes et atta­quant les Allemands. Cette forme de résis­tance a existé mais lors de la phase finale du prin­temps 1944. La résis­tance com­mence bien avant. Elle prend d’abord une forme poli­tique et a pour objec­tif de réveiller les consciences, notam­ment contre le gou­ver­ne­ment de Vichy mené par le Maréchal Pétain.
C’est l’arrivée des Allemands qui va chan­ger la donne. Et l’évènement qui marque ce tour­nant, c’est l’assassinat le 6 octobre 1943 de l’ingénieur hydrau­li­cien André Abry, devant son domi­cile. Les Allemands vont alors mon­trer leur vrai visage. Cela va pro­vo­quer une entrée en résis­tance de bon nombre de Grenoblois comme les mili­taires, ce qui débou­chera notam­ment sur les explo­sions du dépôt d’artillerie du Polygone, le 14 novembre 1943, et de la Caserne de Bonne le 2 décembre 1943.
 
 
 
La “Saint-Barthélemy gre­no­bloise”, orga­ni­sée du 25 au 30 novembre 1943, est un autre moment capi­tal de l’histoire de la résis­tance à Grenoble. Onze prin­ci­paux
Représentation des événements de la "Saint-Barthélémy grenobloise" du 25 au 30 novembre 1943 © Maïlys Medjadj

Représentation des évé­ne­ments de la « Saint-Barthélémy gre­no­bloise » du 25 au 30 novembre 1943 © Maïlys Medjadj

res­pon­sables seront assas­si­nés et huit mour­ront en dépor­ta­tion…
 
En effet, l’armée alle­mande va essayer de cou­per des têtes. Elle pense qu’arrêter les chefs va  désor­ga­ni­ser la résis­tance. Les ser­vices de ren­sei­gne­ment de l’armée alle­mande lancent alors l’opération de la “Saint-Barthélemy gre­no­bloise”, mais ils confient la tâche à des “col­la­bos” fran­çais, comme Francis André, dit “gueule tor­due”. Il y aura en Isère, envi­ron un mil­lier de mili­ciens.
 
 
 
Beaucoup d’Isérois ont-ils été dépor­tés ?
 
11 novembre 1943 © Musée de la Résistance et de la Déportation de l'Isère

11 novembre 1943 © Musée de la résis­tance et de la dépor­ta­tion de l’Isère

Pendant neuf mois, le temps de l’occupation ita­lienne, les dépor­ta­tions de Juifs sont peu nom­breuses. Évidemment, quand les troupes alle­mandes arrivent à Grenoble, les rafles reprennent. C’est notam­ment le cas à Saint-Pierre de Chartreuse, le 1er octobre 1943. Aloïs Brunner, l’un des plus grands cri­mi­nels de guerre nazi, vien­dra même à Grenoble au prin­temps 1944 pour pro­cé­der à l’arrestation de Juifs.
 
A tout cela, s’ajoute une vague de dépor­ta­tions de résis­tants. Ceux de la mani­fes­ta­tion du 11 novembre 1943, notam­ment. Entre 1 500 et 2 000 per­sonnes défilent, ce jour-là, dans les rues de la ville et entonnent la Marseillaise devant le monu­ment des Diables bleus. 370 hommes, dont beau­coup de jeunes, seront arrê­tés et envoyés dans les camps de concen­tra­tion de Dora-Mittelbau et Mauthausen. Seuls 120 en revien­dront. Au total, 1 700 résis­tants poli­tiques et un mil­lier de Juifs ont été dépor­tés durant cette période.
 
 
 
Dans le cadre de cette expo­si­tion, une nou­velle col­lec­tion inti­tu­lée “Parcours de résis­tants” est édi­tée par le musée de la résis­tance. Vous en avez rédigé le pre­mier ouvrage, inti­tulé “Gaston Valois, la République à en mou­rir”. Pourquoi avoir choisi ce per­son­nage ? 
 
 
Le Docteur Gaston Valois, responsable des Mouvements Unis de la Résistance fut assassiné lors de la "Saint-Barthélémy grenobloise" © Maïlys Medjadj

Le Dr Gaston Valois, res­pon­sable des Mouvements Unis de la Résistance, fut assas­siné lors de la « Saint-Barthélémy gre­no­bloise » © Maïlys Medjadj

Gaston Valois est l’un des per­son­nages mar­quant de cette époque. Il est ouver­te­ment anti-Vichy et résis­tant. Chef régio­nal des Mouvements unis de la Résistance, il est l’ancien maire et conseiller géné­ral de Tullins. Pendant les deux pre­mières années de la guerre, il est intou­chable car il a une vie sociale extrê­me­ment déve­lop­pée. Quand arrivent les Allemands, il est évident qu’il doit quit­ter le dépar­te­ment mais, au lieu de cela, il s’installe à Grenoble. Ce geste était comme une sorte de défi. Il sera fina­le­ment assas­siné lors de la “Saint-Barthélemy gre­no­bloise”.
 
 
 
Maïlys Medjadj
 
 
Automne 43 – Résistance et répres­sions
 
Musée de la résis­tance et de la dépor­ta­tion de l’Isère, 14 rue Hébert, à Grenoble.
Exposition à décou­vrir jus­qu’au 19 mai 2014, du lundi au ven­dredi de 9h à 18h, le mardi de 13h30 à 18h, le samedi et le dimanche de 10h à 18h (fermé le 1er mai).
 
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