Grenoble “mise sous influence” du privé, selon Eric Piolle

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FOCUS – Eric Piolle et la liste du Rassemblement citoyen de la gauche et des écologistes ont dénoncé, ce lundi 3 février, les conséquences néfastes de l’influence du privé sur la gestion des services publics locaux. Et ils ne sont pas privés de pointer du doigt les responsables, de droite, comme de gauche.

 
 

 

Local Grenoble une ville pour tous rassemblement citoyen de la gauche et des écologistes Eric Piolle Gilles Kuntz Elisa Martin Hakim Sabri municipales 2014 devant la carte de Grenoble sous influence du privé

© Guillaume Rantet – placegrenet.fr

« Il y a un espace pour l’économie pri­vée dans plein de champs », a tenu à pré­ci­ser Eric Piolle en pré­am­bule, his­toire d’é­vi­ter tout mal­en­tendu : « Moi-même qui tra­vaille dans le privé et qui y ai des res­pon­sa­bi­li­tés impor­tantes, je défends la liberté d’action éco­no­mique ».
 
Le pro­blème ? « Quand vous regar­dez la carte, on voit com­bien Grenoble a été mise sous influence du privé » explique Élisa Martin, numéro 2 de la liste et copré­si­dente du Front de Gauche au conseil régio­nal Rhône-Alpes. Et de cri­ti­quer le recours à des entre­prises pri­vées pour gérer le ser­vice public.
 
« Il y a une triple effi­ca­cité à avoir des ser­vices publics locaux qui soient réel­le­ment publics », pour­suit Eric Piolle. « Une effi­ca­cité éco­no­mique », tout d’abord. En ligne de mire : les contrats publics-pri­vés, accu­sés de favo­ri­ser les action­naires au détri­ment du pou­voir d’achat des contri­buables.
 
Puis « une effi­ca­cité envi­ron­ne­men­tale », la tête de liste met­tant clai­re­ment en cause l’impact sur l’environnement des entre­prises pri­vées. « Un acteur privé n’a pas inté­rêt à opti­mi­ser ses fuites, à avoir un réseau d’eau très effi­cace en terme d’hygiène, et ça ne le gêne pas de mettre un peu de pro­duits dans l’eau » (enten­dez pol­luer, ndlr). Et de citer comme contre-exemple l’eau de Grenoble, la seule à ne pas être chlo­rée en France, « parce que sa ges­tion a été remu­ni­ci­pa­li­sée et qu’il y a une exi­gence d’investir sur l’hygiène » explique Eric Piolle.
 
Enfin, se pose la ques­tion de « l’efficacité éthique », liée aux ques­tions des para­dis fis­caux et des rému­né­ra­tions dans ces entre­prises pri­vées. « On ne peut pas, d’un côté, lut­ter contre les para­dis fis­caux, puis ensuite faire des par­te­na­riats publics-pri­vés avec des entre­prises qui ont des liens forts avec eux ». Un para­doxe, pour Eric Piolle. D’autant plus que « ces entre­prises ont des pra­tiques de rému­né­ra­tions exces­sives par rap­port au ser­vice public ».
 
carte immobilier promoteurs local Grenoble une ville pour tous rassemblement citoyen de la gauche et des écologistes Eric Piolle municipales 2014

© Guillaume Rantet – placegrenet.fr

 
 
« Il n’a suffi que d’un homme »
 
 
Plus lar­ge­ment, la vision court-ter­miste des entre­prises pri­vées est accu­sée de nuire à l’intérêt géné­ral. Pour Élisa Martin, « la maî­trise publique et le ser­vice public sont plus effi­caces, parce qu’ils portent en eux-mêmes une vision à moyen et long termes ». Et de citer l’exemple de l’eau, où « le retour en régie publique a per­mis d’augmenter les inves­tis­se­ments par trois ». Le recours à un ser­vice public déli­vré de l’influence pri­vée per­met aussi « la maî­trise de la tari­fi­ca­tion et d’envisager une tari­fi­ca­tion de type social ».
 
L’eau, pour la liste d’Eric Piolle, c’est l’exemple emblé­ma­tique qui prouve les avan­tages d’une ges­tion publique. Notamment sur cette ques­tion de la tari­fi­ca­tion. Élisa Martin explique : « Il n’est pas nor­mal qu’on paie de la même façon l’eau pour boire et se laver et celle pour rem­plir sa pis­cine ! ».
 

 

Alain Carignon en 2013

Alain Carignon en 2013.           © Nils Louna – placegrenet.fr

Au banc des accu­sés : Alain Carignon. « Nous avions la chance à Grenoble d’avoir une régie muni­ci­pale de gaz et d’électricité, dénonce Hakim Sabri, numéro 3 de la liste et pré­sident du groupe « Écologie et Solidarité » de la Ville de Grenoble. Mais il a suffi d’un seul homme, Alain Carignon, aujourd’hui neu­vième sur la liste de Matthieu Chamussy, pour vendre au privé ce ser­vice public essen­tiel à la vie des Grenoblois. Il en a été de même pour l’eau » .
 
L’eau, encore et tou­jours au cœur du débat. « Dans ce domaine, la cor­rup­tion a été démon­trée. Le juge­ment dit bien que Carignon a com­mis la plus grave faute pour un élu, estime Gilles Kuntz, conseiller muni­ci­pal d’opposition et com­mu­nau­taire. Pour nous, une inéli­gi­bi­lité de seule­ment cinq ans n’est pas accep­table. Être inéli­gible à vie n’empêche pas de vivre ».
 
 
« Le Parti socia­liste a accom­pa­gné cette dérive libé­rale »
 
 
Deuxième cou­pable, à côté d’Alain Carignon : le Parti socia­liste, fau­tif selon la liste d’Eric Piolle de ne pas avoir engagé de rup­ture à son arri­vée au pou­voir. « Nous aurions pu attendre du Parti socia­liste qu’il revienne sur ces stra­té­gies néo­li­bé­rales des années 80. Il n’en a rien été. Ils ont accom­pa­gné ce mou­ve­ment une fois au pou­voir » raconte, déçu, Eric Piolle. Sur la même ligne, Hakim Sabri ren­ché­rit : « Le Parti socia­liste a com­plé­te­ment oublié ce qu’il était ».
 
Certes, dans cer­tains domaines, la muni­ci­pa­lité socia­liste a fait marche arrière, concède-t-il. Mais « ce n’est que for­cée par l’Ades et les élus éco­lo­gistes qu’elle a remu­ni­ci­pa­lisé l’eau, à la fin des années 90 ». De même pour la res­tau­ra­tion muni­ci­pale. « C’est sous l’action de Jean-Marc Cantèle, adjoint à l’éducation, que l’alimentation et la res­tau­ra­tion muni­ci­pale, qui étaient sous-trai­tées à Sodhexo, ont fina­le­ment, elles aussi été remu­ni­ci­pa­li­sées » rap­pelle Eric Piolle. Un retour en arrière qui a per­mis d’introduire le bio et le local dans les can­tines.
 
 
Guillaume Rantet
 
 
Festival du film France Nature Environnement
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Commentaires 2
  1. Comme c’est facile d’ef­fa­cer d’un coup de main (ou plu­tôt de langue, tant elle est longue la sienne) les 18 ans de co-gérance de la ville, de l’ag­glo­mé­ra­tion et du dépar­te­ment avec le PS ! E. Piolle omet de pré­ci­ser que lui et ses aco­lytes Verts/ADES ont été asso­ciés à la faillite de la ville qu’au­jourd’­hui il dénonce ! S’en prendre à la ges­tion d’un maire qui a quitté Grenoble il y a main­te­nant 18 ans, est la preuve san­glante que lui et ses pairs n’ont pas pu appli­quer de poli­tique du « redres­se­ment » comme il le pré­tend (comme si redres­se­ment était néces­saire en 1995 ?). Incapables et incom­pé­tents en tout, les verts ne peuvent que cla­mer tout haut qu’ils n’y sont pour rien dans la situa­tion catas­tro­phique dans laquelle se trouvent les finances de Grenoble afin de mieux cacher leur propre défaillance en tant que co-ges­tion­naires.
    En Mars pro­chain il fau­dra que les Grenoblois les punissent tant pour leur incom­pé­tence que pour leurs men­songes.

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    • @Bonsens & réa­lisme : Dans le man­dat en cours les élus ADES et EELV sont dans l’op­po­si­tion et non dans la majo­rité PS. Cela fait donc depuis un moment qu’ils se démarquent de la poli­tique menée par la majo­rité.

      Ils sont actuel­le­ment 6 conseillers (plus les 9 de l’UMP) « contre » les 44 de la majo­rité.
      Je pense qu’ils cherchent jus­te­ment à ne pas être dans une oppo­si­tion qui ne peut pas faire grand chose et sou­haitent mener une nou­velle majo­rité dans laquelle leurs pro­po­si­tions pour­raient être concré­ti­sées…

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