Les pratiques des médias en débat

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REPORTAGE VIDÉO – Le Comité Ras l’Front du Voironnais organisait, ce samedi 12 janvier, ses rencontres départementales. Au programme de cette soirée soutenue par plus de trente associations et organismes du bassin grenoblois, un grand débat sur le rôle et les pratiques des médias de masse. 

 
 
De gauche à droite. Joël Gombin (sociologue), Philippe Descamps (Acrimed) et Jerôme Berthaut (sociologue des médias)

De gauche à droite. Joël Gombin (sociologue), Philippe Descamps (Acrimed) et Jerôme Berthaut (sociologue des médias).

Ce samedi soir à Voiron, les responsables de l’association Ras l’Front n’ont pas fait les choses à moitié. Au programme de ses rencontres départementales, pas moins de huit heures de débat sur le rôle, les pratiques des médias de masse et la sociologie du vote Front national. Dans la petite salle des fêtes, près de 300 personnes, Voironnais et habitants du bassin grenoblois, ont répondu présents.
 
Pour l’occasion, des associations iséroises telles que La ligue des droits de l’homme, le Mouvement contre le racisme et pour l’amitié des peuples (Mrap) ou Survie Françafrique avaient dressé des stands de vente de livres et d’objets (tee-shirt, vaisselle, etc.).
 
 
photo Patricia Cerinsek

Jérôme Berthaut, sociologue des médias. © Patricia Cerinsek

Sur la scène, des invités de marque en la personne de Jérôme Berthaut, sociologue spécialiste des médias, auteur de l’ouvrage “La banlieue du 20h”, où il décrypte les processus de fabrication des JT de France 2 et la manière dont les journalistes ont tendance à perpétuer un certain nombre de stéréotypes sur la banlieue.
Mais aussi Joël Gombin, doctorant en sciences politiques et spécialiste du vote Front national.
 
Et pour animer la discussion, Philippe Descamps, représentant l’Association critique des médias (Acrimed), auteur avec Raymond Avrillier du “Système Carignon”. 
 
Après la présentation de son ouvrage par Jérôme Berthaut, les interventions du public ont rapidement tourné autour du reportage intitulé « Villeneuve le rêve brisé », diffusé par Envoyé spécial le 26 septembre dernier. Un sujet plus que jamais d’actualité.
 
Pour rappel, l’association des Habitants de la Crique sud dans le quartier de la Villeneuve à Grenoble, a déposé, il y a moins de deux semaines, une plainte pour diffamation publique à l’encontre de France Télévisions devant le tribunal correctionnel de Grenoble. Lise, membre de l’association Crique Sud, s’est confiée à Place Gre’net sur les raisons de la colère des habitants du quartier à l’égard de la journaliste qui a réalisé le reportage.
 
L’occasion aussi pour cette dernière d’adresser un message personnel aux deux présentatrices de l’émission Envoyé spécial, Françoise Joly et Ghislaine Chenu. Elle estime aujourd’hui que leurs réactions après la diffusion du reportage n’a pas été à la hauteur des attentes des habitants de la Villeneuve.
 
 

 
 
 
L’insécurité instrumentalisée ?
 
 
Lors du deuxième débat intitulé : « Les médias de masse favorisent-ils la propagation des idées dangereuses de l’extrême-droite ? », il était aussi question du rapport des médias avec le Front national et notamment les enjeux chers à ce parti, tels que l’insécurité. Un thème porteur d’images spectaculaires devenu particulièrement rentable pour les médias, mais aussi pour les représentants politiques qui n’ont cessé d’instrumentaliser le sujet. Les explications de Jérôme Berthaut :
 

 
 
Pour Joël Gombin, sociologue et spécialiste du vote du Front national, les médias entretiennent avec les électeurs de ce parti un rapport très particulier. D’un côté, ils tendent à ridiculiser ces militants qu’ils déconsidèrent sur le plan social et mettent en scène dans des reportages un peu sensationnels. De l’autre, ils adoptent un comportement d’“adoration du parti” et s’emploient à sa « dédiabolisation ».
 
Joël Gombin. sociologue, spécialiste du vote Front Nationale. Photo Patricia Cerinsek

Joël Gombin. sociologue, spécialiste du vote Front national. © Patricia Cerinsek

Trois questions à Joël Gombin
 

Sociologue, spécialiste du vote Front national

 

 

Comment expliquez vous l’attrait des médias pour le Front  national ?
 
D’abord, il faut rappeler que l’électorat du Front national est aussi un lectorat. Les médias ont dû, à un moment donné, prendre en compte l’audience représentée par ces électeurs.
 
Mais surtout, il y a, entre les médias et les électeurs du Front national, un rapport « exceptionnaliste ». L’idée que le Front national et ses électeurs ont quelque chose d’exceptionnel qui va forcément attirer le public. Dans cette perspective, les médias les mettent très souvent en scène dans des reportages d’investigation un peu sensationnels pour renforcer l’effet d’exception. Et lorsqu’il s’agit de traiter des responsables du Front national, les médias ont aussi tendance à les mettre en scène dans des situations susceptibles de créer le spectacle. On se souvient des face à face entre Jean-Luc Mélenchon et Marine Le Pen tels des combats de catch. 
 
Pourquoi les médias traitent-ils ses électeurs de manière exceptionnelle ?  
 
Les électeurs du Front national sont en moyenne moins dotés sur le plan scolaire que les autres électeurs. Partant de ce constat qui est un fait sociologique, les reportages qui leur sont consacrés ont souvent tendance à interroger des gens des classes populaires pour les mettre en scène de manière ridicule. Il y a un vrai regard de classe. On peut aussi parler d’un racisme social qui est beaucoup plus accepté qu’une autre forme de racisme. 
 
En mettant ainsi en scène les électeurs du Front national, les médias ne participent-ils donc pas à la dédiabolisation de ce parti ?
 
Les médias agissent de manière un peu paradoxale. D’un côté, ils ridiculisent les électeurs du Front national. De l’autre, ils acceptent assez largement ce concept de dédiabolisation qui n’est rien d’autre en réalité qu’un story-telling, une histoire racontée par Marine Le Pen depuis 2011. Mais ils ne sont pas les seuls. Les concurrents du Front national ont eux aussi une responsabilité en véhiculant l’idée que ce parti s’est dédiabolisé.
 
 
Xavier Bonnehorgne
 
 
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