“Il faut craindre l’abstention”

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ENTRETIEN – Les communistes grenoblois voient rouge. Irrités par l’alliance de leurs partenaires du Parti du gauche avec les écologistes pour les élections municipales, ils choisissent de leur côté de repartir avec les socialistes, malgré une «  campagne autonome  ». Jérôme Marcuccini, le secrétaire fédéral du Parti communiste en Isère s’inquiète de la désunion de la gauche et de la crise démocratique.

 
 

 

Jérôme Marcuccini PCF38

© Véronique Serre / placegrenet.fr

Le pre­mier sou­ve­nir d’engagement mili­tant de Jérôme Marcuccini remonte à 1993. Il est alors au lycée de Voiron « dans un état lamen­table », quand François Bayrou, à l’é­poque ministre de l’Éducation, réforme la loi Falloux afin de « déblo­quer plu­sieurs mil­liards de francs pour réno­ver les lycées pri­vés ». À l’issue d’une lutte de trois ans, les lycéens obtiennent la réno­va­tion de l’établissement public.
 
Par la suite, Jérôme Marcuccini mili­tera contre le contrat d’insertion pro­fes­sion­nelle (CIP) d’Édouard Balladur en 1994 et contre la réforme des retraites de 1995. Alors qu’il sou­haite s’engager en poli­tique, un ami lui décon­seille d’adhérer au Parti socia­liste, esti­mant « qu’il ne tien­dra pas quinze jours avec ses idées ».

 

Il s’oriente alors vers le Parti com­mu­niste, où il ren­contre des mili­tants « extrê­me­ment cri­tiques envers l’é­chec humain et démo­cra­tique des régimes sovié­tiques, et par­ta­geant des valeurs de paix, d’hu­ma­nisme, de par­tage et de jus­tice ». Membre de la direc­tion dépar­te­men­tale du parti en Isère depuis 2006 et pre­mier secré­taire depuis 2008, il a éga­le­ment obtenu à cette date son pre­mier man­dat élec­tif d’adjoint muni­ci­pal à Voiron, en charge des dépla­ce­ments, du sta­tion­ne­ment et de la qua­lité de l’air. Il a ensuite démé­nagé de la com­mune, après avoir mené la restruc­tu­ra­tion urbaine du cœur de ville. Il pour­rait appa­raître sur la liste conduite par Jérôme Safar aux élec­tions muni­ci­pales de mars 2014 à Grenoble.
 
 
 
Le 10 décembre der­nier, les mili­tants com­mu­nistes gre­no­blois ont fait le choix d’une alliance avec la liste menée par le socia­liste Jérôme Safar, dès le pre­mier tour des élec­tions muni­ci­pales à Grenoble. Pourquoi avoir choisi une for­mu­la­tion aussi orien­tée dans les pro­po­si­tions qui leur étaient sou­mises  ?
 
bulletin_vote_communistes_grenobleCette for­mu­la­tion reflé­tait l’état réel de nos dis­cus­sions avec les deux listes de la gauche gre­no­bloise. Nous avons même hésité à reti­rer la pre­mière option après avoir eu la confir­ma­tion de nos par­te­naires du Parti de gauche (PdG) qu’ils n’envisageaient aucune alliance avec les socia­listes en cas de tri­an­gu­laire au deuxième tour.
 
C’est une posi­tion qu’il nous sem­blait impor­tant de signa­ler à nos mili­tants lors de leur choix, car elle per­met­trait à la droite d’être l’arbitre en cas de main­tien de ces deux listes. C’est un élé­ment fort et struc­tu­rant de la réflexion des com­mu­nistes lors des périodes élec­to­rales. Si la for­mu­la­tion pose ques­tion, ce sont les posi­tions du PdG à l’origine de cette for­mu­la­tion qui devraient plu­tôt être inter­ro­gées.
 
 
C’est cette dif­fé­rence de stra­té­gie qui a été le prin­ci­pal frein à un rap­pro­che­ment avec la liste «  Grenoble, une ville pour tous  »  ?
 
Après avoir signé le pro­jet muni­ci­pal qui nous unis­sait au sein du Front de gauche, le PdG a condi­tionné son enga­ge­ment à une alliance avec les éco­lo­gistes. Or, le manque de sin­cé­rité de ces der­niers est pour nous un blo­cage. Les éco­lo­gistes font des décla­ra­tions d’opposition à la droite et à l’extrême droite mais l’expérience nous prouve le contraire.
 
 
Quels exemples avez-vous en tête  ?
 
Les pré­cé­dents sont sans ombres. Lors des élec­tions can­to­nales de 2004, l’écologiste Olivier Bertrand a été élu face à un can­di­dat socia­liste, grâce au report des voix de la droite. En 2011, sur les can­tons de Vinay et d’Échirolles, les éco­lo­gistes ont refusé de sou­te­nir – même face au Front natio­nal – Jean-Claude Coux et Sylvette Rochas, qui étaient les can­di­dats de la gauche au deuxième tour. Nous avions été obli­gés de faire inter­ve­nir leur direc­tion natio­nale pour que les éco­lo­gistes se posi­tionnent loca­le­ment.
 
Quand nous avions sou­li­gné ce man­que­ment, la secré­taire dépar­te­men­tale d’Europe-Ecologie-Les Verts (EELV) avait répondu qu’elle ne cède­rait pas aux désis­te­ments «  sta­li­niens  » récla­més par les com­mu­nistes.
 
Par ailleurs, les éco­lo­gistes nous appellent aujourd’hui au ras­sem­ble­ment pour les muni­ci­pales à Grenoble mais s’allient avec les socia­listes et le Modem à Échirolles pour se débar­ras­ser du maire com­mu­niste sor­tant, Renzo Sulli. Ils sou­haitent faire croire à un pro­blème de per­sonne, mais c’est en réa­lité de l’anticommunisme de leur part.
 
 
Jérôme Marcuccini PCF38
© Véronique Serre / placegrenet.fr
À l’inverse, si ce sont les éco­lo­gistes qui sortent en tête d’une tri­an­gu­laire à Grenoble, avez-vous l’engagement de Jérôme Safar d’un désis­te­ment ou d’une fusion au second tour pour faire gagner la gauche  ?
 
L’expérience ne nous laisse aucun doute. Jérôme Safar est un répu­bli­cain. Nous n’avons pas d’accord signé avec lui, si ce n’est sur le contenu et la méthode de cam­pagne.
 
 
Alain Dontaine du PdG estime que vous avez «  inté­rio­risé le fait que vous ne pou­viez plus gagner seuls  », en étant «  une force d’appoint au PS  ». Que sou­hai­tez-vous lui répondre ?
 
Je lui laisse la res­pon­sa­bi­lité de ses pro­pos car c’est eux qui consi­dé­raient qu’une liste Front de gauche était inutile à Grenoble. Une can­di­da­ture auto­nome nous aurait per­mis de conti­nuer de mar­quer notre voix et nos conte­nus poli­tiques.
 
 
Le Parti de gauche est-il aujourd’hui votre adver­saire à Grenoble ?
 
C’est à eux de le dire, s’ils rejettent l’unité. Ils tra­vaillent à un accord avec les éco­lo­gistes depuis deux ans. De notre côté, nous avons mul­ti­plié les appels et nous avons par­ti­cipé à la rédac­tion du pro­jet du Front de gauche. Nous sommes au bout d’un pro­ces­sus. Les muni­ci­pales seront un ren­dez-vous man­qué pour le Front de gauche, mais il y aura d’autres occa­sions pour nous réunir à nou­veau.
 
 
Une réuni­fi­ca­tion est-elle pos­sible loca­le­ment  ?
 
Nous ne sommes pas sor­tis du Front de gauche. Nous ferons cam­pagne sur les conte­nus déci­dés ensemble, fidèles à nos enga­ge­ments. S’ils veulent reve­nir, ils le pour­ront.
 
 
Jérôme Marcuccini PCF38
© Véronique Serre / placegrenet.fr
Craignez-vous que la dés­union de la gauche puisse être une oppor­tu­nité pour le retour de la droite à Grenoble  ?
 
Il faut sur­tout craindre la sanc­tion de l’abstention. Les rangs de la droite pour­raient se res­ser­rer alors que ceux de la gauche se clair­sèment. Les pro­messes déma­go­giques de la droite sont un dan­ger pour le vivre ensemble à Grenoble. Ils pro­mettent de bais­ser les impôts pour les pro­mo­teurs et de dimi­nuer les ser­vices pour les citoyens. Moins de social, moins de loge­ments, moins d’équipements spor­tifs  : c’est ce qu’ils avaient déjà offert à cette ville de 1983 à 1995.
 
L’alliance de Matthieu Chamussy et d’Alain Carignon – le notable et le repris de jus­tice – tourne à la farce. Alors qu’il ne s’est jamais repenti de ses fautes, Alain Carignon s’essaye aujourd’hui à une réci­dive en poli­tique en expli­quant qu’il est le recours. Si ce n’était pas si dra­ma­tique, ce serait hila­rant.
 
 
Partagez-vous le bilan de la muni­ci­pa­lité sor­tante  à Grenoble  ?
 
Nous par­ta­geons ses fai­blesses comme ses forces. La muni­ci­pa­lité n’a pas démé­rité depuis 1995, car Alain Carignon avait laissé une ville en ruine. L’équipe muni­ci­pale sor­tante avait trouvé à l’époque une dette colos­sale et un loge­ment social effon­dré. Tout n’est tou­te­fois pas par­fait dans notre bilan. C’est pour cela que nous fai­sons le choix d’une cam­pagne auto­nome, mal­gré l’alliance, pour peser davan­tage encore sur le débat d’idées.
 
 
Jérôme Marcuccini PCF38
© Véronique Serre / placegrenet.fr
N’est-ce pas éga­le­ment afin de vous déta­cher de cer­tains enga­ge­ments pris par Jérôme Safar, comme l’armement par­tiel des poli­ciers muni­ci­paux à par­tir de mars 2014 ou l’aug­men­ta­tion du nombre de camé­ras de vidéo­sur­veillance  ?
 
Nous y serons oppo­sés. Nous vote­rons contre.
 
 
Mais aucun vote du conseil muni­ci­pal n’est pro­grammé à ce sujet.
 
Il y aura inévi­ta­ble­ment un vote. Il nous a assuré que cela n’apparaîtrait pas dans ses enga­ge­ments de cam­pagne pour res­pec­ter les dif­fé­rentes com­po­santes poli­tiques de sa liste car la mesure ne fait pas consen­sus.
 
 
Dans ce cas, est-ce trans­pa­rent de sa part de prendre un enga­ge­ment qui ne figu­rera pas dans son pro­jet muni­ci­pal  ?
 
Il a porté cet enga­ge­ment mais nous deman­de­rons à ce que le débat ait lieu.
 
 
Restons sur le bilan et les pro­messes de cam­pagne. En 2008, les socia­listes s’engageaient à ne pas aug­men­ter les impôts locaux. Une pro­messe contre­dite par les faits l’année sui­vante, avec une hausse de 9 %. Etait-ce néces­saire et indis­pen­sable  ?
 
D’abord, les impôts locaux sont injustes et nous deman­dons une réforme totale de la fis­ca­lité, com­pre­nant celle de la fis­ca­lité locale, et une meilleure prise en compte des dif­fé­rences de reve­nus.
 
Ensuite, cette aug­men­ta­tion n’était pas inévi­table, mais c’est son usage qui était indis­pen­sable. Elle a notam­ment pro­fité aux crèches, aux écoles et à la vie asso­cia­tive de la com­mune. L’action sociale a éga­le­ment été éten­due. Des per­sonnes qui, jusque-là, res­taient exclues des dis­po­si­tifs sociaux ont pu en pro­fi­ter. C’est la preuve de l’efficacité.
 
 
Jérôme Marcuccini PCF38
© Véronique Serre / placegrenet.fr
En vous asso­ciant aux socia­listes, ne crai­gnez-vous pas d’être la vic­time col­la­té­rale d’un vote sanc­tion contre le gou­ver­ne­ment, que vous ne man­quez pas de cri­ti­quer par ailleurs  ?
 
L’exercice est périlleux. Nous cri­ti­quons ce qui est cri­ti­quable et saluons ce qui est appré­ciable. En revanche, pour­quoi cri­ti­quer loca­le­ment ce qui va dans le bon sens  ? Nous fai­sons la dis­tinc­tion entre les dif­fé­rentes échelles de déci­sion. Le Parti com­mu­niste a long­temps été taxé de dog­ma­tisme mais nous fai­sons aujourd’hui des choix poli­tiques en fonc­tion des enjeux. Pourquoi le débat natio­nal vien­drait tran­cher loca­le­ment  ? Ne nous trom­pons pas de com­bat.
 
Par ailleurs, le vote sanc­tion est une mau­vaise ana­lyse. En revanche, je vois la déses­pé­rance et l’abstention qui gagnent du ter­rain. À l’élection can­to­nale par­tielle de Brignoles, ce n’était pas la vic­toire de l’extrême-droite mais celle de l’abstention.
 
 
Comment expli­quez-vous cette pro­gres­sion de l’abstention  ?
 
Quand la poli­tique peine à appor­ter des solu­tions concrètes, c’est le contrat social qui est en dif­fi­culté. Ne pas aller voter, c’est aussi un choix poli­tique  : celui de lais­ser les autres choi­sir à notre place. C’est une erreur. La solu­tion au chan­ge­ment n’est pas dans l’abstention, ni dans un vote qui accor­de­rait une confiance déme­su­rée aux élus.
 
La repo­li­ti­sa­tion de la popu­la­tion et du pays est néces­saire. Un réen­ga­ge­ment qui pas­se­rait notam­ment par la vie citoyenne, asso­cia­tive et syn­di­cale.
 
 
La recon­nais­sance du vote blanc, adop­tée fin novembre, sera-t-elle béné­fique pour la vie démo­cra­tique ?
 
C’est une bonne chose d’arrêter de nier l’abstention et ses rai­sons. Ceux qui ne vont pas voter ne sont pas for­cé­ment des mau­vais citoyens. C’est aussi la tra­duc­tion d’une déses­pé­rance poli­tique. Mais la recon­nais­sance du vote blanc ne chan­gera rien à la crise démo­cra­tique.
 
 
Jérôme Marcuccini PCF38
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Est-ce une crise démo­cra­tique ou une «  habi­tude  » de la démo­cra­tie qui nous ferait oublier sa fra­gi­lité  ?
 
C’est d’abord une crise de défai­tisme et de rési­gna­tion  consé­quente des choix de société fai­sant pas­ser les mar­chés finan­ciers avant les choix humains. Au même titre, la crise envi­ron­ne­men­tale passe au second plan car la société ne répond déjà pas aux impé­ra­tifs indi­vi­duels de loge­ment ou de nour­ri­ture.
 
La réso­lu­tion de ces crises pas­sera inévi­ta­ble­ment par la remise en ques­tion du para­digme domi­nant aujourd’hui  : celui des mar­chés. Nous sommes force de pro­po­si­tion pour ce chan­ge­ment.
 
 
À Grenoble, mal­gré votre alliance à la liste de Jérôme Safar, vous sou­hai­tez mener une cam­pagne auto­nome. Sur quelles thé­ma­tiques por­tera-t-elle  ?
 
Sur le plan envi­ron­ne­men­tal notam­ment, car il faut cas­ser les pré­ju­gés. Les éco­lo­gistes n’ont pas le mono­pole de cette pré­oc­cu­pa­tion et de ses solu­tions. Il faut bri­ser ce consen­sus moral. Nous lan­çons une péti­tion pour la gra­tuité des trans­ports en com­mun. C’est une idée que nous por­tons depuis les élec­tions pré­si­den­tielles et légis­la­tives de 2012.
 
Nous défen­dons éga­le­ment le pro­jet d’une société d’économie mixte du chauf­fage au bois à Grenoble qui per­met­trait de chauf­fer 350 000 per­sonnes avec le bois de la val­lée du Grésivaudan.
 
 
Pourquoi ne pas avoir pro­posé la gra­tuité des trans­ports en com­mun pré­cé­dem­ment ?
 
Nous n’avons pas réussi à peser suf­fi­sam­ment. Si les Grenoblois s’emparent de cette pro­po­si­tion par notre péti­tion, elle aura désor­mais toutes les chances d’aboutir.
 
 
Jérôme Marcuccini PCF38
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Souhaitez-vous une tari­fi­ca­tion sociale des trans­ports en com­mun allant jusqu’à la gra­tuité ou une gra­tuité uni­ver­selle  ?
 
Nous sou­hai­tons l’accès libre aux trans­ports, sans sup­pres­sion de per­son­nel car nous aurons besoin de média­teurs. Les trans­ports en com­mun seraient un droit et un espace com­mun, plus seule­ment un acte de consom­ma­tion.
 
Même à prix modeste, les popu­la­tions les plus pré­caires n’accèdent pas aux trans­ports. Une gra­tuité pour tous est par ailleurs envi­sa­geable car la par­ti­ci­pa­tion des usa­gers n’équivaut aujourd’hui qu’à 17 % du coût réel.
 
 
Une par­ti­ci­pa­tion des usa­gers, même sym­bo­lique, n’est-elle pas néces­saire pour les res­pon­sa­bi­li­ser vis-à-vis du bien com­mun ?
 
Cet argu­ment est aussi uti­lisé pour dégui­ser cer­taines volon­tés de mettre fin au rem­bour­se­ment des soins et des médi­ca­ments par la Sécurité sociale. Le paie­ment ne joue en rien dans la res­pon­sa­bi­li­sa­tion des usa­gers. Les retours d’expérience des com­munes d’Aubagne et de Châteauroux le prouvent. La délin­quance s’effondre dans les trans­ports en com­mun gra­tuits car il n’y a plus de res­quilleurs  !
 
 
L’actualité sociale isé­roise a été mar­quée par la grève des agents ter­ri­to­riaux du conseil géné­ral et des pom­piers, à l’occasion du vote du bud­get pri­mi­tif 2014 du dépar­te­ment. Les sou­te­nez-vous dans leur mou­ve­ment  ?
 
Nous sou­te­nons tou­jours les sala­riés en lutte qui se battent pour l’emploi et les salaires. Les élus com­mu­nistes n’ont pas siégé à l’assemblée dépar­te­men­tale de jeudi der­nier pour s’opposer aux vio­lences inac­cep­tables qu’ont subies les mani­fes­tants de la part des auto­ri­tés.
 
 
Jérôme Marcuccini PCF38
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S’agit-il d’un bud­get d’austérité  ?
 
Evidemment. C’est un bud­get de réduc­tion des moyens. Mais il ne faut pas se trom­per de res­pon­sables. Toutes les col­lec­ti­vi­tés sont frap­pées par la baisse des dota­tions de l’Etat et les trans­ferts de charges. Or, nous ne pou­vons pas nous rési­gner à appli­quer la méthode des éco­no­mies bud­gé­taires sans exi­ger une réorien­ta­tion pro­fonde de la poli­tique natio­nale et euro­péenne.
 
L’austérité est une stu­pi­dité éco­no­mique. Le conseil éco­no­mique, social et envi­ron­ne­men­tal (Cese) recom­mande d’étendre les ser­vices publics et de ces­ser les poli­tiques d’austérité. Le prix Nobel d’économie Joseph Stiglitz a étu­dié les consé­quences néfastes de telles poli­tiques après avoir prévu l’explosion de la bulle spé­cu­la­tive aux Etats-Unis. L’histoire lui a déjà donné rai­son une fois.
 
Quand écou­te­rons-nous ceux qui savent mesu­rer les risques éco­no­miques plu­tôt que les conseillers des fonds spé­cu­la­tifs qui nous ont pré­ci­pi­tés dans cette crise  ? Il est urgent de faire des choix humains pour affron­ter les défis de l’avenir.
 
 
Propos recueillis par Victor Guilbert
Photos de Véronique Serre
 
 
L’entretien a été réa­lisé le ven­dredi 13 décembre dans les locaux de la fédé­ra­tion isé­roise du Parti com­mu­niste. Il n’a pas été sou­mis à relec­ture. Une cor­rec­tion de date a été effec­tuée après publi­ca­tion concer­nant les condi­tions d’é­lec­tion de l’é­co­lo­giste Olivier Bertrand aux can­to­nales. 
 
 
 
Extrait d’ouvrage choisi par Jérôme Marcuccini
Préface d’Alexis Tsipras à « Maintenant, pre­nez le pou­voir » de Pierre Laurent :
Jérôme Marcuccini PCF38

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« Nous pour­rions dire que le capi­ta­lisme finan­cier mon­dial a une stra­té­gie. Mais pour ce qui est des Etats ou des enti­tés régio­nales, comme l’Union euro­péenne, il semble que nos adver­saires n’aient pas de stra­té­gie claire, mais qu’ils soient mus uni­que­ment par la panique.
À mesure que la crise d’aggrave, l’UE est conduite à se dis­soudre en pro­por­tion et nous confronte à cet oxy­more : c’est nous, la gauche euro­péenne, la force qui porte la cri­tique struc­tu­relle des trai­tés euro­péens, de l’UE, du traité de Maastricht et de l’architecture de l’Union moné­taire ; c’est nous qui deve­nons la force qui cherche à main­te­nir l’Europe en vie, alors que nos adver­saires font de leur mieux pour la dis­soudre ! »
La convic­tion qu’il en tire
C’est dans la droite conti­nuité de cet entre­tien qui aborde la crise de la démo­cra­tie et la déser­tion des urnes par les citoyens. Il y a effec­ti­ve­ment une stra­té­gie finan­cière qui pousse les gens à déses­pé­rer. Ce qui faci­lite la dis­so­lu­tion de l’Etat, de l’Union euro­péenne et de la conscience col­lec­tive. Il est urgent de recons­truire une Europe qui s’appuie sur la sou­ve­rai­neté. Nous sommes le cœur vif de ce pro­jet.
 
 - Consultez ici les autres entre­tiens poli­tiques du Dimanche de Place Gre’net. 
 
 
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Commentaires 3
  1. Concernant les can­to­nales de 2011, ces pro­pos portent à mal­en­tendu sur un sujet grave. On lit :
    « sur les can­tons de Vinay et d’Échirolles, les éco­lo­gistes ont refusé de sou­te­nir – même face au Front natio­nal – Jean-Claude Coux et Sylvette Rochas, qui étaient les can­di­dats de la gauche au deuxième tour. Nous avions été obli­gés de faire inter­ve­nir leur direc­tion natio­nale pour que les éco­lo­gistes se posi­tionnent loca­le­ment.
    Quand nous avions sou­li­gné ce man­que­ment, la secré­taire dépar­te­men­tale d’Europe-Ecologie-Les Verts (EELV) avait répondu qu’elle ne cède­rait pas aux désis­te­ments « sta­li­niens » récla­més par les com­mu­nistes. »
    Le rap­pro­che­ment de ces 2 phrases laisse entendre que l’expression « désis­te­ment sta­li­nien » fait allu­sion au cas où le FN est pré­sent. Or chez Europe Ecologie-les Verts, cette expres­sion s’applique au cas où la droite et l’extrême-droite sont éli­mi­nés et où un can­di­dat de gauche se retire en faveur d’un autre can­di­dat de gauche. Dans le cas des can­to­nales de 2011, il s’agissait des can­tons de Grenoble 1, 3 et de St-Egrève.
    De plus j’ai bien évi­dem­ment appelé à voter contre le FN dès le soir du pre­mier tour via des radios, et par écrit. Pour ceux qui en dou­te­raient, voici le com­mu­ni­qué publié ici dès le len­de­main, soit le 21 mars 2011 :
    http://eelv.fr/archives/Cantonales2011/isere.eelv-cantonales.fr/index.html%3Fp=1615.html
     » Cette abs­ten­tion a pro­vo­qué la qua­li­fi­ca­tion au second tour du Front National dans 11 can­tons de l’Isère. Les éco­lo­gistes de l’Isère appellent l’ensemble des citoyens, et par­ti­cu­liè­re­ment celles et ceux qui ne se sont pas mobi­li­sés dimanche der­nier, à faire bar­rage à l’extrême droite. »
    Les éco­lo­gistes d’EELV sont et seront tou­jours au pre­mier rang pour se battre contre l’extrême-droite et ses idées (en par­ti­cu­lier le racisme, l’antisémitisme et la xéno­pho­bie), à tous les éche­lons, que ce soit au niveau natio­nal, régio­nal ou local.
    Christine Garnier
    Présidente des Verts Isère puis secré­taire EELV Isère de 2008 à 2011

    sep article
  2. « confir­ma­tion de nos par­te­naires du Parti de gauche (PdG) qu’ils n’envisageaient aucune alliance avec les socia­listes en cas de tri­an­gu­laire au deuxième tour » -> en tant que membre du Bureau natio­nal du Parti de gauche et mili­tant à Grenoble, je viens ici affir­mer que Jérôme Marcucini ment comme il res­pire lors­qu’il affirme cela. Nous n’a­vons jamais tenu ces pro­pos. Aucune des com­po­santes du Rassemblement EELV/PG/ADES/RC n’ont jamais tenu ce genre de pro­pos. Jamais, à aucun moment, quel qu’en ait été la for­mu­la­tion. Le Rassemblement pren­dra une déci­sion pour le second tour en fonc­tion des résul­tats du pre­mier. Mais notre posi­tion est claire : nous ne ferons rien qui pour­rait per­mettre à la droite de s’emparer de la mai­rie de Grenoble. Si c’est néces­saire et si cela s’a­vère pos­sible, nous œuvre­rons à une fusion, au moins tech­nique, des listes de gauche entre les deux tours.

    L’idée selon laquelle le Rassemblement rejet­te­rait par prin­cipe toute fusion avec les socia­listes est pure­ment men­son­gère, c’est de la mani­pu­la­tion, tout comme ce bul­le­tin de vote digne des pires dérives des anciens régimes sovié­tiques.

    sep article
  3. Je suis assez esto­ma­qué par le renou­vel­le­ment chez un com­mu­niste des attaques anti-éco­lo­gistes pri­maires habi­tuelles des socia­listes gre­no­blois, notam­ment à pro­pos de l’é­lec­tion d’Olivier Bertrand au conseil géné­ral en 2005 (et non en 2011, en 2011 oli­vier a été réélu après être arrivé en tête de la gauche au pre­mier tour).
    Les éco­lo­gistes, comme en théo­rie les autres par­tis de gauche sont pour la pro­por­tion­nelle, et pour nous plus pré­ci­sé­ment la pro­por­tion­nelle « à l’al­le­mande », à toutes les élec­tions. Ils attendent de leurs par­te­naires qu’en l’ab­sence de cette réforme, indis­pen­sable a la démo­cra­tie, ils concluent des accords pré­voyant des « cir­cons­crip­tions réser­vée » com­pen­sant par­tiel­le­ment cette loi injuste, sans enga­ge­ment poli­tique, c’est une ques­tion de demo­ç­ra­tie, tout sim­ple­ment.
    En 2002 un accord de cette nature entre PS et Verts avaient per­mis l’é­lec­tion de deux conseillers géné­raux verts et la reprise par la gauche de la majo­rité du conseil géné­ral de l’Isère. En 2005 le PS avait repoussé avec mépris notre demande de renou­vel­le­ment de cet accord, ayant cal­culé qu’il n’a­vait pas besoin de nous pour conser­ver cette majo­rité a lui tout seul. J’avais alors per­son­nel­le­ment averti Jean-Claude Giraud, avant le pre­mier tour, que dans ces condi­tions nous main­tien­drions au second tour tout nos can­di­dats qui seraient en état de le faire.
    La droite s’é­tant éli­mi­née elle-même du fait de sa divi­sion entre pro et anti Carignon, ses can­di­dats non qua­li­fiés pour le second tour (mais l’un sera sup­pléant de Destot en 2008 …) sont res­tés face à face Jean-Claude Giraud et Olivier Bertrand. Le sec­teur était alors secoué par la ques­tion du Grand Stade, voulu par le PS, qui mobi­li­sait une très forte oppo­si­tion, et Olivier a été net­te­ment élu. L’appel de Carignon a voter pour lui est une diver­sion dont per­sonne n’a jamais éta­bli qu’elle ait eu un effet réel. Aux mêmes can­to­nales de cette année là il y a eu quatre duels de second tour PS / Verts dans toutes la France, nous en avons gagné deux et le PS deux. C’est que beau­coup d’é­lec­teurs ne votent socia­liste au pre­mier tour que par habi­tude, et se reportent sur les Verts lorsque ils ont le choix et que la droite n’est pas dan­ge­reuse. Pour ces élec­teurs-là, le vote socia­liste est un vote « utile », pas un vote d’adhé­sion.
    Pour le reste le PCF perd peu à peu ses posi­tions muni­ci­pales faute d’a­voir su défi­nir une stra­té­gie poli­tique et un pro­gramme suf­fi­sam­ment clairs et sédui­sants. Qu’il s’in­ter­roge, au lieu de reje­ter la faute sur ses par­te­naires, c’est le jeu de la démo­cra­tie !

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