Guetta : retour sur un concert polémique

Guetta : retour sur un concert polémique

Partager sur facebook
Partager sur twitter
Partager sur linkedin

DECRYPTAGE – Le 28 juin dernier, le célèbre DJ David Guetta réunissait 20 000 personnes à l’occasion d’un concert géant au Stade des Alpes. Un nombre de spectateurs que l’on n’avait plus vu à Grenoble depuis le concert de Johnny Halliday, en 2009. Au même moment, environ 700 personnes défilaient dans les rues de Grenoble pour demander, entre autres, un rééquilibrage des ressources publiques allouées à la culture. Une polémique qui a donné lieu à quelques contrevérités. Mise au point.

 
 
Manifestants remontés contre les "subventions" accordées à David Guetta pour sa venue à Grenoble. © Véronique Serre

Manifestants remon­tés contre les « sub­ven­tions » accor­dées à David Guetta pour sa venue à Grenoble.
© Véronique Serre

« Pensez glo­bal, écou­tez local », « Les teuf­feurs sont aussi des élec­teurs », « Le local plu­tôt que le com­mer­cial », ou bien encore « On veut pas des mil­lions, juste de la consi­dé­ra­tion »… Voilà quelques-uns des slo­gans que l’on pou­vait lire ou entendre lors de la parade « Guetta Pan », le ven­dredi 28 juin à Grenoble. Les par­ti­ci­pants de cette mani­fes­ta­tion fes­tive et apo­li­tique enten­daient ainsi dénon­cer la fai­blesse des aides des col­lec­ti­vi­tés locales accor­dées à la scène élec­tro­nique grenobloise.
 
Ce jour-là, David Guetta se pro­dui­sait au Stade des Alpes pour un concert géant devant 20 000 per­sonnes. Un chiffre impres­sion­nant… Tout comme celui qui a cir­culé au sujet de la sub­ven­tion qui aurait été allouée à la star : 200 000, voire 250 000 euros. De quoi mettre le feu aux poudres, quelques mois après l’é­pi­sode mar­seillais. Pour rap­pel, David Guetta avait dû se résoudre à dépla­cer sa pres­ta­tion ini­tia­le­ment pré­vue au parc Borély, à la salle du Dôme, suite à la polé­mique concer­nant une sub­ven­tion de 400 000 euros accor­dée par la mai­rie de Marseille. (lire l’ar­ticle sur mar­sactu)
 
A Grenoble, les « anti-Guetta » n’ont pas ménagé leur peine pour ten­ter de faire entendre leurs voix. Construction de chars pour la parade du 28 juin, péti­tion dénon­çant la sub­ven­tion sup­po­sée, groupe Facebook « pour trou­ver ensemble des idées d’ac­tions pour empê­cher la venue de David Guetta à Grenoble au Stade des Alpes sur le fond de finan­ce­ment artis­tique de la ville »… Quitte par­fois à se mélan­ger un peu les pin­ceaux sur les aides accordées.
 
 
Coproduction 100% privée
 
 
David Joly, directeur général du Stade des Alpes de Grenoble. © Muriel Beaudoing

David Joly, direc­teur géné­ral du Stade des Alpes de Grenoble.
© Muriel Beaudoing

Ainsi, contrai­re­ment à ce qui a pu être dit, Grenoble-Alpes Métropole (Métro) n’a pas direc­te­ment versé d’argent aux orga­ni­sa­teurs du concert. Elle a, en revanche, voté une aide glo­bale au ges­tion­naire Carilis, lors­qu’il a repris la délé­ga­tion de ser­vice public du stade en novembre 2012 (cf. enca­dré « Double contri­bu­tion de la Métro pour le Stade des Alpes », ci-dessous).
 
« Le concert de David Guetta est une copro­duc­tion 100% pri­vée entre Carilis et la société Rémi Perrier Organisation (RPO) », confirme David Joly, nou­veau direc­teur géné­ral du Stade des Alpes, âgé d’à peine 34 ans. Carilis et RPO auraient ainsi versé 250 000 euros à David Guetta. Un mon­tant non confirmé par les prin­ci­paux inté­res­sés, sou­mis à une clause de confidentialité.
 
La ville de Grenoble, quant à elle, le réaf­firme clai­re­ment : elle n’a pas par­ti­cipé au finan­ce­ment du concert de David Guetta. « Nous avons en revanche demandé au pro­duc­teur de mon­ter une pre­mière par­tie élec­tro locale, que nous avons par­rai­née à hau­teur de 10 000 euros. Par ailleurs, nous avons pro­fité de la pré­sence de 20 000 per­sonnes pour com­mu­ni­quer sur notre pro­gram­ma­tion esti­vale, via des achats d’es­paces publi­ci­taires sur les écrans géants du stade des Alpes, à hau­teur de 4 000 euros. » Enfin, en ce qui concerne l’as­sis­tance tech­nique four­nie, en par­ti­cu­lier avec le déploie­ment de la police muni­ci­pale, elle ne dif­fè­re­rait en rien de celle mise en place lors d’é­vé­ne­ments de même ampleur.
 
 
Malaise de la scène locale
 
 
20 000 personnes se sont pressées au Stade des Alpes de Grenoble pour écouter David Guetta. DR

20 000 per­sonnes se sont pres­sées au Stade des Alpes de Grenoble pour écou­ter David Guetta.
DR

Cette affaire aura en tout cas per­mis de révé­ler le malaise de la scène alter­na­tive locale, notam­ment en matière de musiques élec­tro­niques. Car aux yeux des mani­fes­tants, deux uni­vers s’op­posent : d’un côté des célé­bri­tés, tels le DJ d’Ibiza, payées à prix d’or. De l’autre, une scène locale peu sub­ven­tion­née, avec de moins en moins de salles à sa dis­po­si­tion pour s’exprimer.
 
Un membre de Musact à Grenoble, asso­cia­tion de musique élec­tro­nique figu­rant parmi les orga­ni­sa­teurs de la parade Guetta Pan, dénonce ainsi : « On est là depuis dix ans, on fait de 5 à 10 000 spec­ta­teurs chaque année, on est engagé, mili­tant ; on fait dix à vingt dates par an, le public est au ren­dez vous. Ca fait deux ans qu’on demande 10 000 euros pour renou­ve­ler notre matos son, lumière et déco­ra­tion ; on fait les dos­siers, on sup­plie, et rien ! Pire que ça, il arrive qu’on nous mette des bâtons dans les roues. »
 
Outre la baisse, voire la sup­pres­sion de sub­ven­tions, vitales pour ces petites asso­cia­tions, ces der­nières dénoncent notam­ment les inter­dic­tions de soi­rées et la fer­me­ture avan­cée de la salle de spec­tacle l’Ampérage, à 1h du matin au lieu de 5h aupa­ra­vant. Sans comp­ter les lieux de la ville deve­nus inac­ces­sibles pour ces artistes. Comme en atteste la fin des fes­ti­vals Lost In Bass Hill et Lumières sur la Bastille.
 
 
Appel lancé à la scène alternative
 
 
Vue d'artiste de la futur salle de musiques amplifiées La Belle Electrique, à Grenoble. DR

Vue d’ar­tiste de la futur salle de musiques ampli­fiées La Belle Electrique, à Grenoble.
DR

Quant à l’ar­ri­vée pro­chaine de La Belle Electrique, futur salle de musiques ampli­fiées à Bouchayer Viallet, elle ne chan­ge­rait pas grand chose, à en croire Musact. « Si cette salle est néces­saire, elle ne pour­rait, à elle seule, faire vivre les musiques actuelles à Grenoble. Le pro­ces­sus d’é­mer­gence d’ar­tistes néces­site de nom­breux bars et cafés concert (…), puis cinq à six salles de 200 à 500 places pour pro­fes­sion­na­li­ser les groupes, avant d’ar­ri­ver dans des salles plus grosses. » Et de conclure sur la néces­sité de dis­po­ser de davan­tage de salles « pour que tous les acteurs cultu­rels puissent s’ex­pri­mer » et « pour que le public dans toute sa diver­sité soit com­blé ».
 
« Ce qui est remis en cause à tra­vers cette mani­fes­ta­tion, c’est la poli­tique cultu­relle », observe de son côté le nou­veau direc­teur géné­ral du Stade des Alpes, David Joly. « Certaines asso­cia­tions et évé­ne­ments disent à avoir du mal à exis­ter ». Et celui-ci d’en pro­fi­ter pour lan­cer un mes­sage à la scène alter­na­tive : « Venez nous ren­con­trer pour voir dans quelle mesure nous pou­vons mettre à dis­po­si­tion le stade pour vos évé­ne­ments, en tenant compte des contraintes de coûts d’ex­ploi­ta­tion. Le stade doit être un lieu de vie pour tout le monde. Il faut voir ensemble ce que l’on peut faire. » Pas cer­tain que l’in­vi­ta­tion suf­fise à désa­mor­cer la grogne.
 
Paul Turenne et Muriel Beaudoing
 
 
Double contri­bu­tion de la Métro pour le Stade des Alpes
 
La contri­bu­tion publique ver­sée par la Métro au ges­tion­naire du Stade des Alpes com­prend, d’une part, une com­pen­sa­tion annuelle cal­cu­lée en fonc­tion du niveau d’un éven­tuel club résident :
- Si le club résident, comme le GF 38 ou le FCG, est en ligue 1, la Métro ne paie rien.
- S’il est en ligue 2 ou pro D2, elle ver­sera 455 000 euros la pre­mière année, 450 000 euros la deuxième et 350 000 euros la troi­sième année.
- S’il n’y a aucun club, elle ver­sera 1 100 000 euros la pre­mière année, puis 900 000 euros la deuxième et 700 000 euros la troi­sième année.
 
D’autre part, la Métro verse chaque année des sub­ven­tions d’ex­ploi­ta­tion jus­ti­fiées par les contraintes de ser­vice public qu’elle impose au ges­tion­naire. Ainsi, au cours d’une pre­mière phase qui durera jus­qu’en 2015, elle ver­sera 800 000 euros, puis 650 000 jus­qu’à juin 2018, enfin 450 000 de juillet 2018 à octobre 2020.
 
Le contrat pré­voit, par ailleurs, que la Métro touche des contre­par­ties de la part du délégataire.
Une clause de par­tage des béné­fices pré­voit ainsi que, si Carilis réa­lise un excé­dent brut d’ex­ploi­ta­tion de plus de 400 000 euros, il reverse une cer­taine somme (non communiquée).
L’autre contre­par­tie est une rede­vance d’oc­cu­pa­tion doma­niale, avec une part fixe de 100 000 euros et une part variable de 3% du chiffre d’affaires.
 
 
Revivez la parade Guetta Pan en images, grâce aux pho­tos de Véronique Serre :
 

Partager sur facebook
Partager sur twitter
Partager sur linkedin

Place Gre'net

Auteur

A lire aussi sur Place Gre'net

La Région a été la première à communiquer sur ses masques. A Grenoble, elle a été la dernière à les distribuer. Avec quelques coups de canif dans sa com'.
Accusé d’avoir favorisé les communes de droite, Laurent Wauquiez contre-attaque sur la gestion de son prédécesseur

  FOCUS - Surfant sur un article de Médiapart, Jean-François Debat, le chef de file des socialistes à la Région Auvergne Rhône-Alpes accuse Laurent Wauquiez Lire plus

La charte de la laïcité rejetée par la Métropole de Grenoble mais… examinée par les députés

  EN BREF - Après la Ville de Grenoble, la Métropole a à son tour rejeté la charte de la laïcité proposée par Émilie Chalas Lire plus

A Grenoble, le maire Eric Piolle a finalement annoncé demandé le remboursement des subventions qu'il avait versées au CCIF.
Subventions au CCIF : à Grenoble, Eric Piolle annonce demander leur remboursement

  FLASH INFO - Eric Piolle a annoncé demander le remboursement des subventions que la Ville de Grenoble a versées pendant trois ans au Collectif Lire plus

Subventions aux associations : à Grenoble, le Printemps républicain remonte au créneau

  EN BREF - Faute de charte de la laïcité, le Printemps républicain milite à Grenoble pour la mise en place d'un conseil local des Lire plus

La collecte de textiles de la Métropole récolte 24 tonnes à mi-parcours
Subventions de la Métro au CCIF :  » le symbole ne se substitue pas au droit »

  FLASH INFO - La Métropole de Grenoble ne demandera pas le remboursement des subventions qu'elle avait versées au collectif contre l'islamophobie en France (CCIF), Lire plus

A Grenoble, le Crif réclame à la Ville et à la Métropole le remboursement des subventions versées au CCIF.
À Grenoble, le Crif réclame le remboursement des subventions versées au CCIF… qui s’auto-dissout

  EN BREF - À Grenoble, les subventions versées par la Ville et la Métropole au Collectif contre l'islamophobie en France ont fait réagir le Lire plus

Flash Info

|

20/10

18h24

|

|

20/10

17h45

|

|

20/10

16h19

|

|

20/10

12h51

|

|

20/10

9h13

|

|

19/10

19h14

|

|

19/10

18h03

|

|

19/10

15h11

|

|

19/10

10h35

|

|

19/10

9h26

|

Les plus lus

Environnement| Des loups en plein centre-ville de Grenoble à la faveur du confinement ?

Des contrôles pour le respect des consignes de confinement. © Joël Kermabon - Place Gre'net

Fil info| Confinement : à Grenoble, la police nationale a verbalisé… des policiers municipaux

Manifestation contre la loi de travail, 26 mai 2016. © Yuliya Ruzhechka - Place Gre'Net

Société| Manifestation contre la loi Travail : des licornes et des heurts à Grenoble

Bois Français. © Isère Tourisme

Société| Des points d’eau pour se rafraîchir !

Témoignage d'une ancienne allocataire du RSA en Isère, aujourd'hui sans aide sociale pour avoir voulu se réinsérer en reprenant une formation.

Société| “J’ai perdu mon droit au RSA pour avoir voulu me réinsérer”

SDH - Le futur compte sur nous

Agenda

Je partage !
Partager sur facebook
Partager sur twitter
Partager sur linkedin