écoquartiers : trop verts pour être mûrs

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L’impératif écologique est désormais largement reconnu à l’échelle politique et n’est plus seulement l’apanage du parti Europe Ecologie Les Verts. Pourtant, sur le thème des écoquartiers, projets urbanistiques basés sur une optimisation énergétique ainsi que de nouveaux modes de déplacement, des critiques émergent. En particulier chez les écologistes. 
 
 
Grenoble, citée comme exemple en France et en Europe pour la réalisation de l’écoquartier de Bonne, semble poursuivre sur la lancée de cette expérience technique et urbanistique préfigurant la ville de demain. Pourtant, sur le fond comme sur la forme, des voix s’élèvent pour mettre en avant les défauts de ces écoquartiers ou leurs manques. 
 
 
La Zac de Bonne comme exemple d'écoquartier.  (c) eco-quartiers.fr
La Zac de Bonne comme exemple d’écoquartier.
© eco-quartiers.fr
 
 
Récompensée en 2009 pour l’écoquartier de Bonne, la ville de Grenoble jouit désormais d’une réputation européenne pour son savoir-faire sur les questions d’architecture et d’urbanisme durable. Loin de se reposer sur ses lauriers, elle a depuis lancé les projets d’écoquartiers de l’Esplanade, de la Presqu’île ou encore de Flaubert. Pourtant, ces programmes provoquent la critique de la part d’un certain nombre d’acteurs, d’urbanistes, de responsables politiques ou encore de l’ancien adjoint au maire chargé de l’urbanisme. En cause, l’idée même de bâtir du neuf, mais surtout la méthode. 
 
 
Réhabilitation plutôt que construction
 
 
Olivier Bertrand, conseiller municipal EELV  (c)
Olivier Bertrand, conseiller municipal EELV
Ainsi, pour Olivier Bertrand, conseiller municipal Ecologie et Solidarité, « on n’a pas le choix. On doit aller vers du bâti respectant l’environnement. Mais en France nous avons largement assez de mètres carrés pour loger toute la population. L’enjeu de demain n’est donc pas de construire de nouveaux hectares, mais d’habiter mieux ». A l’opposé du neuf, il propose donc la réhabilitation du bâti. Plus long, plus compliqué, mais créateur d’emplois et plus efficace, vu la part extrêmement restreinte que représente le parc de Bâtiments Basse Consommation (BBC). Selon le Comité 21, une association tentant de mettre en oeuvre l’Agenda 21, « une rénovation en basse énergie nécessite 70% de temps de travail et 30% de matériel acheté alors que, pour le même travail, la répartition pour une rénovation classique est de 50/50, et donc moins créatrice d’emplois » (texte consultable ici).
 
Olivier Bertrand met, par ailleurs, en cause la forme du bâti qui ne répond plus aux besoins. « Aujourd’hui, la Fnaim (ndlr : Fédération nationale des agents immobiliers) affirme que plus de 8% de ses biens ne sont pas loués. Les prix sont en baisse, sur l’ancien et même sur le nouveau aujourd’hui, parce que les appartements conçus ne répondent plus aux besoins ». Le vieillissement de la population, ainsi que la recomposition de la cellule familiale, créé une nouvelle demande de logements de plus petite taille. Dans cette optique, l’élu écologiste met en avant un programme de la Métro : Mur/Mur. Celui-ci vise à améliorer l’isolation thermique et phonique du bâti, bien qu’il y ait « pour le moment pas mal de ratés parce que les coûts de rénovation sont très élevés« .
 
Le futur quartier Flaubert.  (c) grenoble.fr
Le futur quartier Flaubert.
© grenoble.fr
 
Pour Pierre Kermen, adjoint à l’urbanisme à la ville de Grenoble de 2001 à 2008, « la Caserne de Bonne était un prototype, un laboratoire. Il aurait fallu ensuite marquer un temps d’arrêt, faire un diagnostic, mettre ce projet au crible de la critique pour en tirer des enseignements. » Et l’ancien élu dénonce « l’attitude plastronnante de ce maire et de son adjoint à l’immobilier qui est insupportable… Le rythme de construction à Grenoble est insoutenable et déconnecté d’une reflexion plus globale. Il faut une vision à grande échelle, prendre en compte la dimension métropolitaine, mais le maire s’intéresse plus à l’effet miroir qu’à l’effet urbanisme« . 
 
 
« Participation » plutôt que « concertation »
 
 
Le projet de l'Esplanade fait débat.
Le projet de l’Esplanade fait débat.
 
Pour Françoise*, urbaniste à Grenoble souhaitant rester anonyme, « la concertation, c’est mettre des gens en réaction face à un projet. Ce qu’il faut, c’est les mettre en action par la participation, en amont et en aval. Évidemment, il ne s’agit pas de les substituer aux architectes ou aux urbanistes ! Mais les faire participer au cahier des charges et les faire travailler à des critères d’évaluation permet de les impliquer et de leur donner un pouvoir de contrôle. Cela met les gens dans une posture démocratique tout à fait différente quand même ! » Elle préconise donc de travailler avec les professionnels du débat démocratique. « On ne demande plus aux citoyens « oui » ou « non » ? Mais « quoi » ?  Et c’est bien plus de travail que de refuser ou de critiquer ».
 
Là encore, Pierre Kermen enfonce le clou : « La grosse différence entre de Bonne et les quartiers comme l’Esplanade ou Flaubert, c’est qu’à de Bonne ou à Mistral j’avais mis en place un marché de définition, c’est-à-dire que trois équipes travaillaient sur le projet. Et les citoyens, par le biais des unions de quartier, étaient membres du jury. Quand on choisissait, on devait argumenter. C’était un urbanisme de choix et non imposé par le maire et son prince »
Un exemple d'écoquartier abouti
Un exemple d’écoquartier abouti.
 
Même son de cloche chez Olivier Bertrand qui parle, lui, de « co-construction« . Il voit d’ailleurs un lien direct entre l’implication des citoyens et la réussite des projets. La municipalité a peut-être pêché de ce côté là puisqu’une pétition à l’initiative du collectif « Vivre à Grenoble« de plus de 21 000 signatures a été déposée à la mairie en février 2013. Celle-ci demande une annulation du projet actuel de l’Esplanade ou un report jusqu’aux élections municipales de 2014. Lors du conseil municipal extraordinaire, convoqué lundi 17 juin en vertu de la charte de démocratie locale de la ville de Grenoble (qui l’impose si une pétition réunit plus de 8000 voix), Michel Destot s’est prononcé à son tour pour la « co-construction« . Si rien n’a été décidé ce soir-là, l’emploi du mot « co-construction » est ressortie comme une victoire symbolique pour les opposants au projet.
 
D’autre part, les bijoux technologiques que sont les nouveaux bâtiments BBC nécessitent un apprentissage de la part des habitants. Les sols traités pour être totalement étanches thermiquement ne supportent, par exemple, pas certains produits ménagers. Les appartements sont construits pour être agréables à 19°C… La norme technique implique alors une norme sociale (lire sur paristechreview). Les habitants de ces quartiers doivent ainsi passer par une période d’apprentissage des bonnes pratiques. Une adaptation  consentie d’autant plus rapidement par la population si celle-ci a été amenée à participer au projet.
 
 * Le prénom a été modifié.
 
Lucas Piessat 
 
 
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