Quartiers : objectif emploi

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REPORTAGE - Aller en bas des immeubles, dans les cages d’es­ca­lier, sur les ter­rains de sport. Ces nou­velles méthodes de média­tion dans les quar­tiers per­mettent d’ap­pro­cher un public décro­cheur face à l’emploi. Depuis plu­sieurs années, des pro­ces­sus de recru­te­ment inno­vants se déve­loppent pour faci­li­ter l’in­ser­tion des jeunes issus de zones sen­sibles. Eclairage.
 
 
 
Évènement Jobs & Cité le 4 avril 2013. © Matthieu Windey

Évènement Jobs & Cité le 4 avril 2013. © Matthieu Windey

 
 
« Si nous n’al­lons pas cher­cher les jeunes dans leur quar­tier, ils ne se dépla­ce­ront pas dans les struc­tures tra­di­tion­nelles », affirme Adbel Belmokadem, fon­da­teur de Nes & Cité, un cabi­net de for­ma­tion en média­tion et en ges­tion de conflits. Aujourd’hui, les acteurs clas­siques de l’emploi, à l’i­mage de Pôle Emploi, par­viennent à accueillir des can­di­dats qui se trouvent dans une démarche d’in­ser­tion. Pourtant, un échan­tillon large de deman­deurs d’emploi a baissé les bras. « Ils ont envie de tra­vailler mais ils ne vont plus dans les boîtes d’in­té­rim », pré­cise Abdel Belmokadem.
 
Abdel Belmokadem, fondateur de Nes & Cités. © Matthieu Windey

Abdel Belmokadem, fon­da­teur de Nes & Cité. © Matthieu Windey

Face à cette rési­gna­tion, Nes & Cité a décidé d’a­gir et d”« aller vers » les jeunes. « Nous essayons d’or­ga­ni­ser des ren­contres au cœur des quar­tiers », explique-t-il. Jobs & Cité en est un exemple. Pour sa hui­tième édi­tion gre­no­bloise le 4 avril der­nier dans le gym­nase Malherbe, l’é­vé­ne­ment a attiré près de 300 per­sonnes, au cours d’une demi-jour­née de recru­te­ment en pré­sence d’une ving­taine d’en­tre­prises. Un tra­vail qui a com­mencé trois mois avant l’o­pé­ra­tion : les média­teurs ont fait du ter­rain pour abor­der les jeunes, « le jour et la nuit à par­tir de 22h », pré­cise Adbel Belmokadem.
 
Nabil Kherrab a éga­le­ment l’ha­bi­tude de se bala­der dans les quar­tiers de Grenoble. À 35 ans, ce chargé d’a­ni­ma­tion au sein de la mis­sion locale arpente les gale­ries et par­court le parc chaque jeudi pour aver­tir les habi­tants des actions rela­tives à l’emploi. « Je vais à la ren­contre des jeunes qui sont désco­la­ri­sés, démo­bi­li­sés, à la rue, pour ten­ter de leur remettre le pied à l’é­trier », pré­cise-t-il. À ses yeux, se rendre sur leur ter­ri­toire est indis­pen­sable pour les infor­mer. « C’est nou­veau pour eux. Ils n’ont pas l’ha­bi­tude que nous nous dépla­cions vers eux », confie-t-il.
 
 
Des jeunes dif­fi­ciles à mobi­li­ser
 
 
Pourtant, mal­gré les efforts, la mobi­li­sa­tion des jeunes est encore faible. Lors du temps fort orga­nisé au Patio visant à pré­pa­rer le Forum pour l’emploi de Grand’Place, le jeudi 6 juin, les jeunes se sont pré­sen­tés au compte-gouttes, mal­gré le démar­chage des agents de la mis­sion locale. « Nous avions déjà fait un flop à Teisseire et à Mistral », regrette Michèle, conseillère emploi for­ma­tion. Affichage, trac­tage, com­mu­ni­ca­tion sur les réseaux sociaux ou relances par SMS, rien n’y fait : la jeu­nesse est de plus en plus dif­fi­cile à mobi­li­ser.
 
Kfé CV chez l'habitant. © Nes & Cité

Kfé-CV chez l’ha­bi­tant. © Nes & Cité

« Les jeunes sont tou­jours en demande d’emploi », nuance Aurélie Jourdan, éga­le­ment conseillère. « Mais, en ce moment, nous avons peu de solu­tions à appor­ter à ceux qui sont sans diplôme et sans expé­rience », pour­suit-elle. La faute au contexte éco­no­mique selon David Fauconet, res­pon­sable de la mis­sion locale de la Ville. « Nous avons le sen­ti­ment d’un manque de pro­po­si­tions mal­gré nos actions de proxi­mi­tés. Les offres d’emploi se raré­fient. Les jeunes ont sur­tout accès aux contrats aidés ou pré­caires mais pas aux CDI »  déplore-t-il. « Pour la plu­part des jeunes, la mis­sion locale ne sert à rien », regrette Nabil Kherrab. « Nous les infor­mons que nous sommes là, mais nous n’a­vons pas de baguette magique. Eux seuls peuvent y arri­ver, avec de l’aide », pré­cise-t-il.
 
De tâton­ne­ments en tâton­ne­ments, ces nou­velles méthodes de recru­te­ment se déve­loppent dans les quar­tiers dits sen­sibles. Autre inno­va­tion en terme d’emploi : les « Kfé-CV », lan­cés par Nes & Cité. Expérimentées dans le quar­tier de la Villeneuve il y a quelques mois, ces ren­contres « autour d’un café » se déve­loppent par­tout en France. L’idée est simple : invi­ter les recru­teurs à par­ta­ger un moment pri­vi­lé­gié avec les pos­tu­lants pour faci­li­ter les rela­tions et accé­lé­rer le pro­ces­sus d’embauche. « Nous démon­trons ainsi qu’en se ren­dant sur les lieux de vie les recru­teurs peuvent décou­vrir des niches de can­di­dats et de talents », affirme Abdel Belmokadem. Le défi est désor­mais de faire com­prendre aux jeunes qu’ils peuvent tous pré­tendre à un emploi.
 
Emeline Wuilbercq
 
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