Disparition du 50 : vers un nouveau visage de la Villeneuve ?

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D'ici la fin de l'année, le bâtiment 50 devrait disparaître, afin d'ouvrir le quartier sur l'extérieur.

D’ici la fin de l’an­née, le bâti­ment 50 devrait dis­pa­raître afin d’ou­vrir le quar­tier sur l’ex­té­rieur.

 

ARCHITECTURE – Portée par le dyna­misme éco­no­mique des années 1970, l’architecture de la Villeneuve est le sym­bole du cou­rant moder­niste et futu­riste de l’époque avec ses façades colo­rées, ses murs-rideaux, ses mul­tiples cour­sives et ses gale­ries… Pourtant, qua­rante ans après, cet héri­tage semble en par­tie menacé par le pro­jet de réha­bi­li­ta­tion de la ville. Une pers­pec­tive qui divise les habi­tants.
 
Lancé depuis une dizaine d’années, le pro­jet de réha­bi­li­ta­tion de la ville de Grenoble, sou­tenu par l’Agence natio­nale pour la réno­va­tion urbaine (ANRU), a pris cette année un tour­nant majeur avec l’annonce de la démo­li­tion du bâti­ment 50. La des­truc­tion de cet ensemble de 60 loge­ments d’ici fin 2013 devrait per­mettre à la ville d’effectuer une per­cée, en vue d’ouvrir la Villeneuve sur son voi­si­nage. « Le but est de désen­cla­ver le quar­tier et de refaire pas­ser une route pour en faci­li­ter l’accès car jusqu’à main­te­nant, le quar­tier a été construit de manière un peu auto­cen­tré sur lui-même, tourné vers l’intérieur », estime Philippe de Longevialle, adjoint chargé de l’urbanisme à la ville de Grenoble.
 
Divisés face à ce pro­jet, cer­tains habi­tants évoquent plu­tôt « une trouée » défi­gu­rant le visage de l’Arlequin. Ceux qui ne se résolvent pas à tirer un trait sur qua­rante ans d’histoire sont même allés jusqu’à écrire à la ministre du Logement, Cécile Duflot, pour lui faire part de leur oppo­si­tion à cette démo­li­tion. Pour Philippe de Longevialle, les choses sont claires, « il n’est pas pos­sible de faire marche arrière », le 50 sera bien détruit d’ici les pro­chains mois. « On ne peut pas repous­ser indé­fi­ni­ment les choses puisque cela fait par­tie d’un vaste plan de réha­bi­li­ta­tion qui doit contri­buer à redes­si­ner le quar­tier et à l’ouvrir sur l’extérieur. La demande des habi­tants pour chan­ger leurs condi­tions de vie était forte, et nous savons que les tra­vaux seront longs », rap­pelle l’élu.
 
Vaste plan de réha­bi­li­ta­tion
 
Car d’ici les quinze pro­chaines années, la ville a concocté un vaste plan de 75 mil­lions d’eu­ros qui com­pren­dra, à terme, la démo­li­tion de trois silos, la réno­va­tion ther­mique de 1800 loge­ments, ainsi que la créa­tion d’un nou­veau par­king, d’un gym­nase et d’un pôle jeu­nesse, tous situés à l’extérieur du quar­tier. « Tout l’enjeu est de créer des liai­sons entre Villeneuve et le reste du tissu urbain. Car lorsque l’on se pro­mène le long de l’Arlequin, on n’a pas une per­cep­tion facile de ce qui se trouve der­rière et on n’imagine pas que l’on passe à côté de l’un des plus beaux parcs de Grenoble !», affirme Philippe de Longevialle.
 
Au fil des tra­vaux pré­vus par la ville, la Villeneuve devrait donc prendre un visage plus rési­den­tiel. « Nous allons fer­mer les cour­sives, créer de nou­veaux ascen­seurs et sécu­ri­ser les espaces afin qu’il n’y ait plus de gens qui cir­culent comme c’est le cas aujourd’hui. Il s’agit d’un tra­vail de recom­po­si­tion interne consé­quent, sans comp­ter qu’on va inves­tir en moyenne 70 000 euros par loge­ment dans la réno­va­tion ther­mique », résume Philippe de Longevialle. Pour les copro­prié­tés, qui repré­sentent 20% des loge­ments pré­sents à la Villeneuve, la ville a lancé des dis­cus­sions afin de trou­ver des par­te­naires pour aider les pro­prié­taires à sup­por­ter le coût des tra­vaux.
 
A terme, le pro­jet de la ville inté­grera une remise sur le mar­ché d’une par­tie des loge­ments sociaux qui auront été réha­bi­li­tés : « Pour réin­tro­duire de la mixité, nous nous sommes fixés un objec­tif ambi­tieux de 50% de loge­ments sociaux, ce qui nous semble la limite à ne pas dépas­ser pour créer de la mixité ». Un pas consi­dé­rable lorsque l’on sait que l’on recense aujourd’hui près de 80% de loge­ments sociaux dans le quar­tier. « Cela impli­quera de relo­ger un cer­tain nombre de loca­taires sur la Villeneuve ou dans le parc social de la ville dans d’autres quar­tiers, en fonc­tion du choix des familles », assure l’élu. 
 
Le projet de réaménagement de la Ville de Grenoble.

Le pro­jet de réamé­na­ge­ment de la Ville de Grenoble.

 
Ateliers Populaires d’Urbanisme :
 
Les habi­tants réflé­chissent à des alter­na­tives 
 
Certains habi­tants ont décidé de prendre l’avenir de leur quar­tier en main. Depuis décembre der­nier, les Ateliers Populaires d’Urbanisme (APU) mis en place à l’occasion des 40 ans du quar­tier se rem­plissent et sou­hai­ter pro­po­ser des alter­na­tives au pro­jet actuel.
 
Tous les mois, une cen­taine de par­ti­ci­pants se ren­contrent autour de groupes de tra­vail por­tant sur des pro­blé­ma­tiques qui les concernent : l’aménagement des espaces verts, la réha­bi­li­ta­tion du bâti, l’amélioration du cadre de vie… « Nous par­tons du prin­cipe que la créa­tion urbaine doit défendre les inté­rêts des habi­tants. C’est pour­quoi ces ate­liers les ras­semblent pour trou­ver des alter­na­tives au pro­jet urbain actuel », explique David Bodinier, coor­di­na­teur et urba­niste de for­ma­tion. Grâce à ces ren­contres, les habi­tants se prennent à rêver d’un autre visage pour leur quar­tier, fait de murs végé­taux, de jar­dins par­ta­gés, d’art urbain… « Nous avons fait des pro­po­si­tions de tra­vail afin de dres­ser des scé­na­rios qui donnent du sens. Car on parle beau­coup des fron­tières phy­siques, mais il y a aussi les bar­rières men­tales. Et pour cela, il faut faire plus que trans­for­mer le bâti, il faut retrou­ver quel sens aura ce quar­tier dans les pro­chaines années », ajoute-t-il. 
 
Des scé­na­rios sur la table
 

Si les dis­cus­sions ne sont pas encore clô­tu­rées, trois scé­na­rios qui pour­raient s’a­vé­rer com­plé­men­taires semblent se déga­ger. Parmi eux, celui d’une Villeneuve « fer­tile », dans laquelle le parc Jean Verlhac devien­drait un pou­mon vert du quar­tier, avec des jar­dins à voca­tion sociale et péda­go­gique ainsi que des ter­rasses, des bal­con­nières et des toits à végé­ta­li­ser. « Une dizaine de mil­liers de mètres car­rés pour­raient être uti­li­sés pour culti­ver. On pour­rait deve­nir un quar­tier plus vert où l’on entend les oiseaux en ville ! », relaie David Bodinier.
 
Parmi les idées sou­le­vées au cours des réunions, figurent éga­le­ment la créa­tion d’une place aux abords du lac, de pay­sages ou d’œuvres tem­po­raires par des artistes, voire même d’une antenne de l’Office de Tourisme qui met­trait en valeur l’architecture du quar­tier à tra­vers des visites… « Cela per­met­trait d’avoir un autre son de cloche que celui des évé­ne­ments de 2010 dont on parle toute le temps, ana­lyse David Bodinier. Ce sont par­fois de petits élé­ments qui ne néces­sitent pas for­cé­ment beau­coup de moyens mais qui peuvent chan­ger le cadre de vie », assure-t-il. Il en veut d’ailleurs pour preuve le toit d’un par­king silo qui a été récem­ment réqui­si­tionné par les habi­tants pour deve­nir un petit jar­din par­tagé où poussent désor­mais des tomates, de la menthe, ou encore des fraises… Une douce uto­pie urbaine, proche du rêve de 1968 ? 
 
Une Villeneuve futu­riste
 
Et s’il s’agissait plu­tôt d’une Villeneuve futu­riste, dans la droite lignée de l’esprit de ses fon­da­teurs ? « On pour­rait repen­ser les façades, qui étaient déjà inno­vantes à l’époque, en fai­sant appel à des créa­tions d’art urbain ou de street art », détaille David Bodinier. Selon lui, « cela ferait par­tie des pistes qui sont par­tiel­le­ment reprises par la mai­rie qui a déposé un pro­jet auprès de l’Europe afin d’obtenir des finan­ce­ments. L’objectif est de mener des recherches sur de nou­veaux maté­riaux per­met­tant d’économiser de l’énergie sur les façades de l’Arlequin ».
 
A moins qu’il ne s’agisse d’une Villeneuve contes­ta­taire, uti­li­sant le poten­tiel de sa jeu­nesse, qui repré­sente aujourd’hui 40% de sa popu­la­tion, pour se réin­ven­ter ? « Alors que les expé­ri­men­ta­tions à la Villeneuve ont ins­piré les pro­jets édu­ca­tifs que l’on peut retrou­ver aujourd’hui dans la réforme de l’école, l’idée serait de recréer des espaces péda­go­giques où les enfants et les ado­les­cents puissent uti­li­ser l’espace urbain pour apprendre et se retrou­ver », affirme le coor­di­na­teur des APU. Il pointe éga­le­ment le manque de moyens inves­tis dans les infra­struc­tures sco­laires : « Le pro­jet de réforme actuelle ne pré­voit pas un euro dans les infra­struc­tures sco­laires qui sont pour­tant très dégra­dées. L’école des Buttes a déjà brûlé deux fois et le pla­fond de cer­taines salles du col­lège est en très mau­vais état », assure-t-il. 
 
Marie Lyan

 

 
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