Les défenseurs du loup contre-attaquent

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DECRYPTAGE – Pour les asso­cia­tions de défense du loup, la coupe est pleine, alors que 24 loups pour­raient être tirés en France. Et ce toute l’an­née, de jour comme de nuit, en mon­tagne comme dans les val­lées, à proxi­mité ou non des trou­peaux… Une spé­ci­fi­cité bien fran­çaise.
 
 
Loup trouvé mort à Échirolles en mai 2010 © P-E Briaudet - ONCFS

Loup trouvé mort à Échirolles en mai 2010 © P‑E Briaudet – ONCFS

« On aura le droit de tirer le loup même quand il n’y aura pas de mou­tons dans les alpages », s’in­surge Pierre Athanaze, pré­sident de l’as­so­cia­tion pour la pro­tec­tion des ani­maux sau­vages (ASPAS). « Avec ce plan, le loup peut être chassé, y com­pris en période de repro­duc­tion et avec des armes uti­li­sées en temps de guerre par des sni­pers ! On se retrouve avec une espèce pro­té­gée qui est plus mal­trai­tée qu’une espèce nui­sible ou du gibier, avec l’or­ga­ni­sa­tion de bat­tues comme on le fai­sait aux XVII et XVIIIe siècle. »
 
L’ASPAS a donc décidé de por­ter plainte auprès de la Commission euro­péenne pour non res­pect de la direc­tive Habitats. Comme elle l’a fait pour l’or­to­lan, oiseau migra­teur prisé des gour­mets. La France a, depuis, été mise en demeure de prou­ver qu’elle lut­tait contre le bra­con­nage et le com­merce très lucra­tif de cette espèce.
 
La coha­bi­ta­tion avec le loup semble déci­dé­ment impos­sible dans l’Hexagone. Entre régu­la­tion et pro­tec­tion, les pou­voirs publics peinent en tout cas à trou­ver une posi­tion. Comment cal­mer la colère des éle­veurs qui réclament plus de tirs, alors même que l’es­pèce est pro­té­gée par la Convention de Berne ? Du coup, assise entre deux chaises, la France tente tant bien que mal de conten­ter les deux par­ties. « On n’aura pas la paix sociale, pré­vient Pierre Athanaze. Avec ce type de plan, on ne fait que recu­ler la coha­bi­ta­tion obli­ga­toire entre l’homme et les grands pré­da­teurs ».
 
 
Le Petit Chaperon Rouge DR

Le Petit Chaperon Rouge DR

Peur du loup

 

 

Comment expli­quer que la France ne par­vienne pas à gérer ses 250 loups, quand l’Italie et l’Espagne, qui en comptent res­pec­ti­ve­ment 1500 et 2500, ont semble-t-il trouvé un ter­rain d’en­tente  ? Par le poids de l’his­toire tout d’a­bord. En France, l’Eglise a joué un grand rôle dans sa stig­ma­ti­sa­tion, le loup étant asso­cié à Satan. Loin, bien loin de la louve nour­ri­cière romaine de Rémus et Romulus…
 
La peur du loup ? Une tra­di­tion bien fran­çaise. Le Petit Chaperon Rouge est passé par là, sans par­ler de la Bête du Gévaudan. En France, pays très car­té­sien, le loup incarne donc la peur d’une nature sau­vage. Alors que ce der­nier y a été chassé par l’homme jus­qu’à dis­pa­raître, avant de reve­nir à la fin des années quatre-vingt-dix, en Italie et en Espagne, il n’en est jamais parti.
 
Et puis, il y a le type d’é­le­vage. Un éle­vage lai­tier en Italie et notam­ment dans les Abruzzes, où les bêtes sont ren­trées tous les soirs, limi­tant de fait le risque de pré­da­tion. Ce d’au­tant plus que les éle­veurs ont su s’en­tou­rer de meutes de chiens de pro­tec­tion. « Le fonc­tion­ne­ment n’est pas le même, explique un spé­cia­liste du loup. La main d’œuvre est moins chère là-bas. Il y a plus de monde autour des trou­peaux ».
 
 

 

Louve allaitant les fondateurs de Rome, Romulus et Rémus. DR

Louve allai­tant les fon­da­teurs de Rome, Romulus et Rémus. DR

 

Forte pres­sion poli­tique

 

 
En matière de régu­la­tion, chaque pays sa tech­nique. Quand la France veut tout enca­drer, tout maî­tri­ser, l’Espagne mise sur un sys­tème de régu­la­tion très libre… avec des bat­tues. « En fait, elle laisse les éle­veurs régler la ques­tion du loup par eux-mêmes. »
 
Dans ces dif­fé­rentes façons d’ap­pré­hen­der la place du loup, les asso­cia­tions de défense pointent aussi et sur­tout le sys­tème d’in­dem­ni­sa­tion mis en place en France. «  En Italie, l’État ne rem­bourse pas les dégâts, seule­ment la prime d’as­su­rance contrac­tée par les éle­veurs, pour­suit Pierre Athanaze. En France, on parle de 6000 attaques en 2012, mais com­bien sont réel­le­ment cau­sées par les loups ? Ici, on rem­bourse tout, même quand le trou­peau n’est pas pro­tégé. C’est comme si vous vous fai­siez voler votre voi­ture avec les clés des­sus ! Et puis, en Italie, on s’en fiche que le conseiller géné­ral ou le député du coin hurle. En France, la pres­sion poli­tique est très forte.  »
 
Patricia Cerinsek
 
 
MC2 - A la Vie
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