Les protestants fêtent les 500 ans de la Réforme sous le signe de la diversité

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FOCUS – 2017 marque les 500 ans du mouvement de la Réforme, lancée par le théologien allemand Martin Luther en 1517. Une rupture avec l’Église catholique qui allait donner naissance à différentes Églises de par le monde. Mais c’est bien sous le signe du dialogue dans la diversité que les organisateurs du jubilé veulent placer la commémoration de ces cinq siècles.

 

 

 

« Mettre ce jubilé sous l’angle de la diver­sité », telle est la pro­fes­sion de foi de Joël Geiser. Le pas­teur de l’Église pro­tes­tante unie de Grenoble fait par­tie du comité gre­no­blois chargé de célé­brer les 500 ans de la Réforme.

 

Joël Geiser, Sylviane Spindler et Jean-Claude Salomon, du comité d'organisation © Florent Mathieu - Place Gre'net

Joël Geiser, Sylviane Spindler et Jean-Claude Salomon, du comité d’or­ga­ni­sa­tion. © Florent Mathieu – Place Gre’net

Un moment de com­mé­mo­ra­tion et de mémoire qui se veut ouvert au dia­logue avec toutes les sen­si­bi­li­tés spi­ri­tuelles.

 

Car il n’y a pas qu’un pro­tes­tan­tisme. En se rebel­lant en 1517 contre le “tra­fic d’in­dul­gences” pra­ti­qué par le clergé1, Luther allait lan­cer un mou­ve­ment de réforme favo­ri­sant l’ap­pa­ri­tion de plu­sieurs Églises. Luthériens, bap­tistes, pen­te­cô­tistes… La « diver­sité interne au pro­tes­tan­tisme » prê­ché par Joël Geiser n’est pas un vain mot.

 

 

 

La diversité du protestantisme à Grenoble

 

 

Une diver­sité que l’on retrouve au sein de la région gre­no­bloise. Outre l’Église pro­tes­tante unie, l’ag­glo­mé­ra­tion de Grenoble compte aussi une Église évan­gé­lique bap­tiste d’Échirolles, une Église adven­tiste du 7e jour de Grenoble, ou encore une Église pro­tes­tante mal­gache. À elles seules, ces quatre Églises repré­sentent 1 300 familles.

 

Les représentants des différentes Églises réformées de l'agglomération © Florent Mathieu - Place Gre'net

Les repré­sen­tants des dif­fé­rentes Églises réfor­mées de l’ag­glo­mé­ra­tion. © Florent Mathieu – Place Gre’net

 

Mais il ne s’a­git ici que des Églises ayant rejoint la Fédération pro­tes­tante de France (FPF). Restent encore, par exemple, l’Église angli­cane de Grenoble, l’Église luthé­rienne mal­gache, et bien d’autres encore. Toutes, à des degrés divers, par­ti­ci­pe­ront à ce jubilé.

 

 

 

Une commémoration associant les catholiques

 

 

Au-delà de la diver­sité interne au pro­tes­tan­tisme, se pose la ques­tion de la rela­tion avec le catho­li­cisme. Aujourd’hui, le dia­logue se veut une réa­lité. « Nous sommes dans une démarche mûre et mature, nous tour­nons la page sans oublier », explique Joël Geiser. Car les Protestants ont payé cher, par le passé, leur volonté d’adhé­rer à une Église réfor­mée2.

 

Catholicisme et protestantisme bras-dessus bras-dessous. DR

Catholicisme et pro­tes­tan­tisme bras-des­sus bras-des­sous. DR

Signe fort : cette “année Luther” 2017 com­men­cera par une com­mé­mo­ra­tion pro­tes­tante-catho­lique de la Réforme, samedi 25 mars à 11 heures… à la Cathédrale Notre-Dame de Grenoble. La volonté d’as­so­cier les catho­liques aux 500 ans de la Réforme en dit long sur le che­min par­couru. Et le site du Diocèse de Grenobe-Vienne relaie de son côté volon­tiers les évé­ne­ments qui mar­que­ront cette année de jubilé.

 

« Il y a au sud de Grenoble un centre œcu­mé­nique qui témoigne de notre volonté d’être ensemble », insiste le Pasteur de l’Église pro­tes­tante unie.

 

« Cette com­mé­mo­ra­tion, ajoute-t-il, nous vou­lons la faire aussi avec les catho­liques, en regar­dant luci­de­ment ce qui s’est passé il y a 500 ans, sans faire de l’œcuménisme de façade. »

 

 

 

Une religion ouverte aux autres et « à l’aise avec la laïcité »

 

 

Les autres reli­gions seront éga­le­ment impli­quées dans cette com­mé­mo­ra­tion de la Réforme, à tra­vers notam­ment une ren­contre inter­re­li­gieuse orga­ni­sée le dimanche 26 mars au Temple pro­tes­tant de Grenoble, place Perinetti, à 17 heures. « Quels rap­ports les reli­gions mono­théistes entre­tiennent-elles avec leurs Écritures ? » Tel sera le thème de cette ren­contre qui mar­quera la fin du week-end de lan­ce­ment.

 

Le Temple protestant, vu depuis la chaire ou prêche le pasteur. Au loin, un étudiant du Conservatoire s'exerce à l'orgue © Florent Mathieu - Place Gre'net

Le Temple pro­tes­tant, vu depuis la chaire ou prêche le pas­teur. Au loin, un étu­diant du Conservatoire s’exerce à l’orgue. © Florent Mathieu – Place Gre’net

 

Quid de la société civile et de la laï­cité répu­bli­caine ? À comp­ter de novembre, la mai­rie de Grenoble accueillera une expo­si­tion consa­crée aux Protestants de Grenoble à tra­vers l’Histoire. L’occasion d’un ver­nis­sage et d’une récep­tion offi­cielle, le 31 octobre à 17 heures, dans le Hall de l’Hôtel de Ville.

 

« C’est avec la Révolution fran­çaise et la Séparation de l’Église et de l’État que les Églises pro­tes­tantes ont pu avoir leur place dans la société fran­çaise, estime Joël Geiser. Le pro­tes­tan­tisme est à l’aise avec la laï­cité, pour dis­tin­guer les sphères et habi­ter l’es­pace public. Mais si la reli­gion n’a plus la même forme que par le passé, nous sommes en pré­sence de quelque chose qui est au cœur de l’hu­main, que même les poli­tiques ne doivent pas ôter de leurs pré­oc­cu­pa­tions. »

 

 

 

De nombreux événements cultuels et culturels

 

 

Si des évé­ne­ments cultuels mar­que­ront natu­rel­le­ment ces 500 ans de la Réforme, le pro­gramme tout au long de l’an­née se veut éga­le­ment cultu­rel et varié. Théâtre ou cinéma, déam­bu­la­tion his­to­rique dans les rues de Grenoble, “ral­lye” « sur les pas des Huguenots » dans le Trièves et le Haut-Diois…

 

La Bible multi-centenaire du Temple protestant de Grenoble date de... 1723. © Florent Mathieu - Place Gre'net

La Bible du Temple pro­tes­tant de Grenoble, un exem­plaire qui date de… 1723. © Florent Mathieu – Place Gre’net

 

Ou encore l’un des points d’orgue (si l’on ose dire) du jubilé gre­no­blois : l’ex­po­si­tion, « La Bible, patri­moine de l’humanité », qui se tien­dra du 15 au 29 novembre à l’Espace dio­cé­sain de la basi­lique du Sacré-cœur de Grenoble. Parrainée par l’Unesco, cette expo­si­tion iti­né­rante s’a­dresse à tous les publics, de tous âges et de toutes confes­sions ou… non-confes­sions.

 

 

 

Florent Mathieu

 

 

1 Le 31 octobre 1517, le moine théo­lo­gien alle­mand Martin Luther affiche sur la porte de l’é­glise de Wittenberg (Saxe) ses “95 thèses”, qui sont autant de cri­tiques des scan­dales de l’Église. Et notam­ment celui des “indul­gences”, des dons ver­sés au clergé en échange d’un aller-simple pour le Paradis après sa mort. Les thèses et la théo­lo­gie de Martin Luther auront un fort reten­tis­se­ment en Allemagne et mène­ront à la consti­tu­tion d’Églises dis­si­dentes, dites réfor­mées, sources du pro­tes­tan­tisme.

 

La célèbre représentation de la Saint-Barthélémy par le peintre protestant François Dubois (1529-1584)

La célèbre repré­sen­ta­tion de la Saint-Barthélémy par le peintre pro­tes­tant François Dubois (1529−1584)

 

2 Le mas­sacre de la Saint-Barthélémy en 1572 reste l’un des plus fameux assas­si­nats de masse de pro­tes­tants de l’Histoire. Il aurait causé la mort de 10 000 à 30 000 pro­tes­tants sur l’en­semble de la France. En 1685, la célèbre révo­ca­tion de l’Édit de Nantes par Louis XIV pous­sera, elle, au moins 200 000 pro­tes­tants à l’exil.

 

 

MC2 - Saison 2020-21
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