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Déménagement de la bibliothèque Prémol : les opposants fourbissent leurs armes

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FOCUS – La bibliothèque Prémol de Grenoble est désormais totalement vide. Livres et matériel informatique ont été déménagés par un prestataire privé, à la demande de la Ville, le 25 février au matin, durant les vacances scolaires. Alors que deux bibliothécaires syndiqués ont été convoqués par la direction générale des services (cf. encadré), les opposants aux fermetures de bibliothèques dénoncent un « sale boulot ». Et préparent le coup d’après : un happening au Salon du livre à Paris, destiné à faire du bruit…

 

 

 

Les livres et le matériel informatique de l'ex-bibliothèque de quartier Prémol ont été déménagés, ce samedi 25 février 2017, à la demande de la Ville de Grenoble. © Séverine Cattiaux – Place Gre’net

Les livres et le matériel informatique de l’ex-bibliothèque Prémol ont été déménagés, ce samedi 25 février 2017, à la demande de la Ville de Grenoble. © Séverine Cattiaux – Place Gre’net

Samedi 25 février au matin, la bibliothèque de quartier Prémol – vouée à la fermeture, dans le cadre du plan d’économies de 14 millions d’euros acté et entrepris par la Ville de Grenoble – a été discrètement vidée.

 

Au point qu’un agent de bibliothèque ayant surpris l’intervention des déménageurs qu’il ne connaissait pas a prévenu la police. Laquelle est venue puis repartie. Point de cambriolage, juste une opération orchestrée par la Ville, incognito, étant donné la forte résistance à l’encontre de sa décision de fermer deux bibliothèques de quartier dont celle de Prémol et d’en reconvertir une en troisième lieu.

 

 

 

La Ville de Grenoble taxée de « méthodes indignes » 

 

 

La réaction des opposants ne s’est pas fait attendre. Les bibliothèques en lutte ont comparé l’opération à du « pillage ». Le groupe du Rassemblement de la gauche et du progrès a quant à lui déploré de « basses manœuvres […] dans le dos des habitants ».

 

De gauche à droite : Bernadette Richard-Finot et Guy Tuscher, groupe Ensemble à gauche. © Joël Kermabon - Place Gre'net

Bernadette Richard-Finot et Guy Tuscher, groupe Ensemble à gauche. © Joël Kermabon – Place Gre’net

Cécile Cenatiempo, présidente de l’union de quartier Village olympique, s’est fendue d’un communiqué faisant part de sa « stupéfaction » par rapport à des « méthodes indignes ». Communiqué de presse également envoyé par les deux conseillers municipaux dissidents de la majorité, Bernadette Richard-Finot et Guy Tuscher.

 

Ceux-ci demandent « au maire [de renoncer] à des mesures autoritaires et impopulaires qui sapent la confiance placée dans l’équipe portée à la mairie en 2014 ».

 

 

 

« Il s’agit simplement d’un déménagement d’ouvrages »

 

 

Une responsable proche du dossier au cabinet du maire, jointe au téléphone, justifie ainsi le procédé : « Nous avons voulu épargner une nouvelle confrontation des agents avec les opposants à la fermeture. » Confrontation qui avait déjà eu lieu, et qui aurait choqué les agents interpellés.

 

bibliothèque grenoble

L’intérieur de la bibliothèque Prémol de Grenoble, en juin dernier. Huit mois plus tard, il ne reste que les murs. Lecteurs, livres et ordinateurs ont déménagé.

Cette fois, la Ville a pris soin de ne pas ébruiter la date du déménagement. Et il n’y aurait pas de quoi en faire un plat, explique en substance la responsable contactée : « Il s’agit d’une opération interne sur laquelle il n’y a pas lieu de communiquer auprès de l’ensemble des bibliothécaires. Cette décision s’est prise en discussion avec les agents concernés de Kateb Yacine [qui récupère les livres], et il s’agit simplement d’un déménagement d’ouvrages ».

 

 

 

Utiliser le Salon du livre à Paris, comme “caisse de résonance” 

 

 

Au contraire, cet épisode aggrave le cas de la Ville, estiment les opposants aux fermetures des bibliothèques. En outre, la Ville s’assoit une nouvelle fois sur leur demande de moratoire.

 

"Grand rassemblement contre la politique d'austérité de la mairie de Piolle". Grenoble, 11 juillet 2016. © Yuliya Ruzhechka - Place Gre'Net

“Grand rassemblement contre la politique d’austérité de la mairie de Piolle”, Grenoble, 11 juillet 2016. © Yuliya Ruzhechka – Place Gre’net

Autrement dit, elle refuse de stopper ses projets de conversion des bibliothèques et d’attendre l’issue du processus de pétition-votation en cours. Conséquence qu’en tirent les militants : il faut frapper encore et plus fort…

 

D’où l’idée de monter à Paris au Salon du livre. « Nous voulons utiliser cet événement comme caisse de résonance, explique un militant. Il n’y a pas qu’à Grenoble que la lecture publique est mise à mal. Paris est également concerné. » Ainsi les militants grenoblois espèrent-ils se trouver des alliés au Salon.

 

 

 

Nouveau rassemblement devant la mairie : lundi 6 mars

 

 

En attendant, le désormais classique rassemblement des militants se tiendra encore en amont du prochain conseil municipal. L’appel est lancé aux citoyens, pour ce lundi 6 mars à partir de 17 heures devant l’Hôtel de Ville, afin de « soutenir les bibliothécaires dans leur lutte et [d’] exprimer l’opposition des habitants du quartier à la fermeture de leur bibliothèque », exhorte Cécile Cenatiempo.

 

 

Séverine Cattiaux 

 

 

 

QUAND DES OPPOSANTS RÉVÈLENT LA CONVOCATION DE DEUX BIBLIOTHÉCAIRES… CONTRE LEUR GRÉ

 

Mairie de Grenoble

© Nils Louna – placegrenet.fr

La présidente de l’union de quartier et le binôme municipal dissident Ensemble à gauche ont cru bon de dévoiler à la presse par communiqué que deux bibliothécaires syndiqués étaient convoqués par la Direction générale des services. Et de s’en émouvoir tout en le condamnant.

 

Sauf que les agents concernés ont été très contrariés de découvrir l’information dans la presse, en l’occurrence dans les colonnes du Dauphiné libéré. L’intersyndicale CGT-FO-Sud regrette également la fuite : « Nous avons pour habitude de nous occuper des agents plutôt que de nous empresser d’alerter la presse ». A bon entendeur…

 

 

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Commentaires 8
  1. sep article
    • Quel quartier habitez-vous? Plus on ferme des services publics dans des quartiers dits “prioritaires”, plus on livre ces derniers à l’obscurantisme notamment religieux et plus la République recule. Question de principe.

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      • et vous ? quel quartier habitez-vous ?
        Vous tenez à ce que les habitants restent entre eux dans leur quartier au lieu de s’ouvrir aux autres ?
        Hauquelin à 10 mn à peine du Jardin de Ville
        Prémol à 10 minutes de l’Arlequin.

        sep article
        • Vous connaissez beaucoup d’habitants du centre-ville qui vont jusqu’à Prémol ou l’Arlequin pour emprunter un livre? Et pourtant, dit-on qu’ils ne sont pas “ouverts aux autres”? De la même manière, traversez-vous la ville pour acheter une baguette de pain? Vous regardez la réalité à travers un prisme idéologique, lorsque vous dîtes “Vous tenez à ce que les habitants restent entre eux dans leur quartier”: vous croyez que les “bobos” de centre-ville ou les membres de n’importe quel autre groupe social se mélangent beaucoup? Vous vous trompez de registre. On ne parle pas d’ouverture aux autres, mais du recul de la présence des services publics de proximité par rapport à une situation antérieure. L’expérience montre que tous les quartiers sui se “referment” (pour rester dans le registre de l’ouverture) ont notamment vu les principaux services et commerces s’en aller, qu’il s’agisse d’une cause ou d’une conséquence. La Répugblique s’affirme par la présence des services publics.

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          • Vous comparez une bibliothèque et une boulangerie ? c’est vrai qu’elles représentent toutes les deux une nourriture, de l’esprit ou du corps.
            Je ne vois pas ce qui empêche de marcher 10 minutes pour aller chercher un livre de temps en temps, contrairement à aller dans une boulangerie que nous préférons en bas de notre immeuble, où nous passons quotidiennement.
            Il y a encore des bibliothèques dans tous les quartiers.
            Marcher de Hauquelin au Jardin de Ville n’est pas pire que du bout de la rue Ampère, vers la Belle Electrique ou les ancienne usines Cémoi, pour aller à la bibliothèque St Bruno.

            sep article
            • Il y a des frontières invisibles… On ne peut pas se plaindre sans cesse de la ghettoïsation rampante de certains quartiers (ne parlez pas de Hauquelin : je parle du VO) et en même temps approuver aveuglément le départ de certains services publics, quand bien même d’autres seraient disponibles “à 10 minutes”. Il y a des symboles, des principes, et il est d’autant plus surprenant que c’est une majorité dite “de gauche” qui s’y attaque. Enfin, je suis proche de nombreuses idées de la majorité municipale, mais contrairement à vous, je ne diabolise pas toute personne qui aurait l’idée de nuancer certaines décisions. PS: lisez, apr exemple, “les Territoires perdus de la République”. Bien cordialement.

              sep article
              • Excusez-moi, mais je ne comprends pas trop votre réaction :
                “On ne peut pas se plaindre sans cesse de la ghettoïsation rampante de certains quartiers (ne parlez pas de Hauquelin : je parle du VO)…”
                et en même temps, se plaindre de la fermeture d’un établissement, qui va obliger les usagers à sortir de leur quartier…
                D’ailleurs, si vous avez lu l’article de France Bleu dont j’ai donné le lien, on voit que le VO est de plus en plus relié à la Villeneuve :
                “Une passerelle au dessus de l’avenue Marie Reynoard permet de passer d’une bibliothèque à l’autre sans danger. Les habitants du village olympique l’attestent d’ailleurs, leurs enfants empruntent régulièrement cette passerelle pour se rendre au foot, à la danse ou à tout autre activité du quartier voisin.”
                Vivre de symbole ou de principes, c’est risquer de ne pas avancer et de regarder tout le temps le passé

                Cordialement

                sep article
              • Post Scriptum
                Justement pour ne plus vivre (rêvons) les territoires perdus de la République, il faut sortir les populations de leur quartier ghétoïsé. La mixité, oui.

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