Nanarland : le retour des “Mauvais films sympathiques”

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FOCUS — Depuis quinze ans, le site Nanarland, né à Grenoble, parcourt avec un succès croissant le monde étrange des nanars. Le second tome de leur Livre des mauvais films sympathiques, vient tout juste de sortir, accompagné d’autres projets tout aussi exaltants pour tous les amoureux de cinéma improbable.

 

 

 

Le retour du Livre des mauvais films sympathiques.

Le retour du Livre des mau­vais films sym­pa­thiques.

Ratanouilles, Les Aventuriers du sys­tème solaire, Kiss contre les fan­tômes, Mon curé chez les thaï­lan­daises… Bien sou­vent, les titres des nanars sont des poème et des pro­messes à eux seuls. Ce sont ces titres, accom­pa­gnés de cri­tiques crous­tillantes et d’a­na­lyses per­ti­nentes, que l’é­quipe de Nanarland pro­pose aux ciné­philes de décou­vrir dans leur deuxième tome du Livre des mau­vais films sym­pa­thiques.

 

Tout comme le pre­mier « épi­sode » sorti en mars 2015, ce nou­vel opus se pré­sente sous la forme d’une cas­sette VHS, un for­mat qui n’a rien d’un hasard : c’est grâce à ce sup­port que les amou­reux de nanars purent décou­vrir des cen­taines de chefs‑d’œuvre, notam­ment au moment où les vidéos-clubs écou­lèrent leurs stocks à vil prix. Nombre de ces films n’ont pas connu, et ne connaî­tront sans doute jamais, de réédi­tion en DVD. Inutile, dans ce cas, de rêver d’un por­tage en Blu-ray

 

 

 

Le nanar n’épargne aucun genre

 

 

Fondé voici quinze ans par les gre­no­blois Régis Brochier, Fabien Mangione et Séverine Amato, le site Nanarland a depuis été rejoint par toute une équipe de pas­sion­nés de films impro­bables, et s’est ins­crit dans un réseau, véri­ta­ble­ment mon­dial, de col­lec­tion­neurs de toutes ces œuvres à part qui consti­tuent un pan du patri­moine ciné­ma­to­gra­phique mon­dial.

 

Régis Brochier, Régis Autran et François Cau de Nanarland présentaient leur ouvrage samedi 5 novembre à la libraitrie Decitre. © Florent Mathieu - Place Gre'net

Régis Brochier, Régis Autran et François Cau de Nanarland pré­sen­taient leur ouvrage samedi 5 novembre à la librai­rie Decitre. © Florent Mathieu – Place Gre’net

 

Au pro­gramme de ce nou­veau tome ? La science-fic­tion déca­lée, la poli­tique-fic­tion, le film d’ac­tion gon­flé à la tes­to­sté­rone, les comé­dies musi­cales et même  les films pour enfants. Est-ce à dire qu’au­cun genre n’é­chappe au nanar ? « Le nanar, c’est du cinéma par essence : tant qu’il y aura des gens qui pren­dront une caméra et tape­ront à côté, tant qu’il y aura des acci­dents, il y aura des nanars ! », juge Régis Brochier.

 

 

 

Aucune méchanceté dans la démarche

 

 

L'invincible Chuck Norris a figuré dans un nombre improbable de films tout aussi improbables...

L’invincible Chuck Norris a figuré dans un nombre impro­bable de films… impro­bables.

Mais le but d’un tel ouvrage, comme du site Nanarland, est-il de se moquer ? Certains réa­li­sa­teurs n’ont pas appré­cié de voir leurs œuvres consi­dé­rées comme des nanars, une clas­si­fi­ca­tion qui relève évi­dem­ment de la sub­jec­ti­vité. Pourtant, Régis Brochier comme ses com­pa­gnons l’af­firment : il n’y a aucune méchan­ceté dans leur démarche.

 

« La ques­tion se pose par exemple pour le cinéma afri­cain, cer­tains films sont juste dans l’é­co­no­mie de moyens et on se demande si on peut en rire ou non. Mais oui, jus­te­ment, autant en rire : cela per­met aussi d’en par­ler. Ce sont des films qui en disent beau­coup », estime Régis Brochier. « En dix ans [dans les années 80, ndlr], il est sorti 400 films de kung-fu en France au cinéma, et les films éro­tiques c’é­tait des mil­lions de spec­ta­teurs… Ça plai­sait, c’é­tait popu­laire : ne plus en repar­ler, ce serait oublier le suc­cès que ça a eu. »

 

Le kung-fu sera d’ailleurs à l’hon­neur du pre­mier épi­sode de Nanaroscope, un autre pro­jet de Nanarland en col­la­bo­ra­tion avec Arte Creative : une série de vidéos évo­quant et décryp­tant les fleu­rons du nanar. C’est le film Samuraï Cop et son acteur prin­ci­pal, aussi lucide que sym­pa­thique, qui ouvri­ront le bal. Un pre­mier épi­sode que les télé­spec­ta­teurs pour­ront décou­vrir en jan­vier sur la chaîne cultu­relle. Preuve, une nou­velle fois, que le nanar a enfin acquis ses lettres de noblesse.

 

 

 

Florent Mathieu

 

 

LE NANAR, CHASSE GARDÉE DU CINÉMA ?

 

 

Voilà une ving­taine d’an­nées, sinon plus, que le nanar jouit d’une popu­la­rité gran­dis­sante, à tel point que des pro­duc­teurs financent aujourd’­hui des “ faux nanars ”, pâles imi­ta­tions cen­sées conve­nir au plus grand nombre, que l’é­quipe de Nanarland comme d’autres chro­ni­queurs  – notam­ment le Fossoyeur de Films – dénoncent volon­tiers. Mais le cinéma est-il la seule dis­ci­pline artis­tique à trou­ver un public pour ses reje­tons mau­dits ?

 

Zombeavers, calibré pour être un nanar, le film n'a pas la saveur de l'accident involontaire.

Zombeavers, film sur des cas­tors zom­bies… Calibré pour être un nanar, le film n’a pas la saveur de l’ac­ci­dent invo­lon­taire.

 

On ima­gine mal en effet un gale­riste faire acte de second degré en affi­chant sur ses murs des croûtes impro­bables. Et si cer­taines oeuvres contem­po­raines ont de quoi faire sou­rire, les qua­li­fier de “ nanar pic­tu­ral ” serait outran­ciè­re­ment sub­jec­tif et vau­drait de s’at­ti­rer les foudres d’une jungle de spé­cia­listes qui, n’en dou­tons pas, connaissent leur affaire.

 

 

Jeux de mains, jeux de vilains

 

En lit­té­ra­ture, qui consacre de pré­cieuses heures à lire sciem­ment les mau­vais romans oubliés de l’his­toire, si ce ne sont les curieux com­pul­sifs ou les étu­diants en Lettres ? Qui ira lire, pour le plai­sir, Charlot s’a­muse (1883) de Paul Bonnetain, un roman natu­ra­liste pom­pier qui dénonce les ravages de la mas­tur­ba­tion ? – Et qui trou­vera un inté­rêt lit­té­raire à englou­tir les textes indi­gestes consa­crés aux dépla­ce­ments du maré­chal Pétain, signé par son agio­graphe offi­ciel René Benjamin ?

 

Dans le domaine du jeu vidéo – le dixième art, pour cer­tains –, les oeuvres tel­le­ment ratées qu’elles en deviennent sym­pa­thiques occa­sionnent rare­ment un engoue­ment du grand public. Si des vidéastes comme The Angry Video Game Nerd ou, en France, le Joueur du Grenier ont par­ti­cipé à rendre popu­laires des mau­vais jeux cultes (le E.T. de l’Atari 2600, ou encore le Superman de la Nintendo 64), les joueurs pré­fé­re­ront tou­jours user leurs joys­ticks sur de bons jeux, ou du moins consi­dé­rés comme tels.

 

E.T. sur Atari 2600, considéré comme l'un des pires jeux de l'Histoire : un nanar vidéoludique ?

E.T. sur Atari 2600, consi­déré comme l’un des pires jeux de l’Histoire : un nanar vidéo­lu­dique ?

 

En musique, on notera que les mélo­manes peuvent faire preuve d’une grande ouver­ture d’es­prit, et d’o­reille. Un pro­jet comme le Portsmouth Sinfonia, porté par le remar­quable com­po­si­teur Gavin Bryars, a ainsi ren­con­tré un écho favo­rable : il consiste pour­tant à mas­sa­crer des grands clas­siques de la musique savante en les livrant en pâture à des étu­diants mai­tri­sant mal leurs ins­tru­ments. Pour autant, le nanar n’est ici qu’à moi­tié avéré, cha­cun connais­sant par­fai­te­ment le carac­tère inau­dible de sa pres­ta­tion.

 

 

 

Les non-talents qui s’ignorent

 

Ce n’est pas le cas d’une dame comme Florence Foster Jenkins (1868−1944), convain­cue de ses talents de chan­teuse d’o­péra, et dont les fausses notes com­pul­sives ont fait l’ob­jet de plu­sieurs enre­gis­tre­ments. Avant d’ins­pi­rer deux films : Marguerite, de Xavier Gioannoli en 2015, et Florence Foster Jenkins de Stephen Frears, sorti sur les écrans ce mois de juillet 2016.

 

Philosophy Of The World, des Shaggs. Un disque aujourd'hui culte.

Philosophy Of The World, des Shaggs. Un disque aujourd’­hui culte.

Enfin, il serait injuste de ne pas citer le groupe The Shaggs, trio fémi­nin com­posé de trois soeurs dont l’his­toire de la for­ma­tion – mi-comique, mi-tra­gique – serait trop longue à rela­ter ici. Sorti en 1969, son disque Philosophy of the World se dis­tingue par l’im­pré­pa­ra­tion totale des inter­prètes, les sautes de rythme, les erre­ments vocaux et les mélo­dies chao­tiques qui le carac­té­risent.

 

L’album est aujourd’­hui culte, consi­déré par cer­tains – non sans humour, ni sans rai­son – comme une forme de pré­mices de la musique pop-rock expé­ri­men­tale ou concep­tuelle.

 

Il est vrai que Philosophy Of The World peut fas­ci­ner et envoû­ter, tant par la sim­pli­cité posi­tive du mes­sage qu’il porte que par le carac­tère impré­vi­sible de ses com­po­si­tions, qui n’est pas sans rap­pe­ler cer­tains moments de bra­voure de la période post-punk.

 

Pour autant, force est de consta­ter que le nanar demeure un objet de cinéma, une pas­sion de ciné­phile. Si toutes les dis­ci­plines – lit­té­ra­ture, musique, pein­ture, sculp­ture, théâtre, etc. – sont sus­cep­tibles de pro­duire des oeuvres d’une si mau­vaise qua­lité qu’elles en deviennent atten­dris­santes, seul le cinéma semble capable de fédé­rer un tel engoue­ment, et de rem­plir à cra­quer une salle de cinéma pour la pro­jec­tion d’un Samuraï Cop ou d’un Troll 2

 

 

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