Le paradoxe de la frontière

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Ceuta

Frontière barbelée entre l’Europe et le Maroc à Ceuta, en 2011. © AW

La frontière est un concept vieux comme le néolithique. C’est lors de la grande mutation qui l’a fait passer du mode cueilleur nomade au mode cultivateur sédentaire que l’homme a inventé, par nécessité, le concept de la propriété terrienne. Par la suite et en toute logique, l’histoire rapporte la naissance de la frontière. Puis de l’écriture permettant la prééminence du droit, du notariat, du cadastre etc. Il y a cinq ou six mille ans, le mental humain venait de créer le premier objet virtuel territorial.

 

 La limite jour nuit est une frontière mobile.

La limite jour nuit est une frontière mobile.

 

La frontière est née de cette maladie post néolithique dénoncée par les Indiens nord-américains : la terre n’appartient pas à l’homme, mais l’homme appartient à la terre. La frontière, c’est la cicatrice de la blessure primordiale : moi. Une absolue incompréhension. Un paradoxe de l’intelligence. Le monde n’a pas le choix et il lui faut vivre la division, la séparation. Et donc les frontières et les guerres associées.

 

Boutiques de souvenirs à Sarajevo - 2015 © AW

Boutiques de souvenirs à Sarajevo en 2015. © AW

 

De l’autre coté de la frontière, il y a l’inconnu, l’étranger. Dans le monde, il y a beaucoup de frontières et donc beaucoup d’étrangers. En fait, dans le monde, il n’y a que des étrangers, des goys, des gadjos. Les assiégés, les prisonniers, les exilés le savent : ici-bas, au ras du sol, la frontière est toute puissante. Elle décide de tout. Elle a même parfois droit de vie et de mort.

 

 Himalaya Népal © 2005 Philippe Hué

Himalaya Népal. © 2005 Philippe Hué

Sarajevo - Bibliothèque nationale et universitaire de Bosnie-Herzégovine - 2015 ©AW

Bibliothèque nationale et universitaire de Bosnie-Herzégovine, à Sarajevo en 2015. © AW

 

La frontière est un ensemble vide qui unit ou qui sépare deux espaces, c’est selon le regard. Elle n’est qu’une ligne, une démarcation arbitraire, un espace de non-vie, un volume zéro. On pourrait dire un espace pour les nuls. Voire même un non-espace. L’espace du néant, purement logique et virtuel. Seul l’espace connaît l’espace.

 

Djillé est un des très très rares survivants du massacre de Srebreniça - Ici avec sa fille / 2015-©AW

Djillé est l’un des très très rares survivants du massacre de Srebreniça. Ici avec sa fille en 2015. © AW

Népal © Philippe Hué 2005

Népal. © Philippe Hué 2005

 

L’enfant s’appelle Genèse. Il brise l’idée même de la frontière, ouvre au paradis de l’espérance. Il se fonde, se construit sur ce qui advient, l’Avent. Le nouveau né, l’Avent, est un espace créatif. Lieu de l’ultime, de l’accomplissement, de la réalisation. L’Avent, c’est le lieu où je ne suis ni moi ni l’autre, le lieu qui voit et le pile et le face en expérience directe. C’est le seul lieu possible d’acceptation de la différence, de la non-identification. Ainsi l’artiste, tout à la fois passeur et passé, traverseur et traversé, guetteur et guetté, veilleur et veillé qui embrasse du même regard les deux rives du fleuve.

 

Mission Appolo

Mission Apollo.

 

La ligne et le travers,
Le droit et le courbe,
L’avant et l’après,
L’âpre et le fluide,
Le haut et le bas,
Le beau et le laid,
Le maladroit et le malagauche,
L’intérieur et l’extérieur,
Le dedans et le dehors,
Le jour et la nuit,
Le toi et le moi,
Le sain et le malade,
Le masculin et le féminin,
Le Samsara et le Nirvana.

 

 

« N’ayez jamais peur de la vie, n’ayez jamais peur de l’aventure, faites confiance au hasard, à la chance, à la destinée. Partez, allez conquérir d’autres espaces, d’autres espérances. Le reste vous sera donné de surcroît. » Henry de Monfreid

 

Andromède © www.outters.fr/galaxie%20d%20andromede%20tec-fli.htm

Andromède. © www.outters.fr

 

André Weill

 

 

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Commentaires 2
  1. André Weill, vous avez tout dit en quelques mots :

    « Une absolue incompréhension. Un paradoxe de l’intelligence… »

    Les premières frontières qu’on bâtit sont en Soi. La peur, le doute, la certitude… Ce ne sont pas les frontières qu’il faut remettre en cause, car la liberté à besoin de limites.  Ce qui est a remettre en cause c’est l’éducation à la confiance,  à la  providence (latin pro-videre) pro : en avant et videre : voir, la providence c’est le contraire de la peur, c’est la clairvoyance,  la prévoyance. Dépasser ses peurs c’est faire confiance. Les frontières et les peurs sont là pour nous rappeler cette vérité. Lorsque nous érigeons une frontière, on trouve toujours le moyen de la contourner ou de l’abattre. C’est l’éducation à cette prise de conscience qu’il faut renforcer. Aucune frontière n’a résisté. La tradition et l’origine ont toujours forger l’identité des peuples, des nations et des individus. Lorsque la tradition et l’origine se confondent, alors seulement on peut parler « d’Universel. » Il faut apprendre à raisonner en construisant sa pensée au-delà des apparences et des préjugés…

    Les Pèlerins et les Cheminants que nous sommes, le savons bien : ce dépassement de soi n’est jamais terminé et il nécessite beaucoup d’obstacles à surmonter. C’est un long, long, long… cheminement, sur un chemin paradoxalement très court mais qui comporte tant de frontières et tant d’obstacles : ce chemin, c’est celui qui va de la tête au cœur…

    Et si on apprenait à désapprendre. Je me souviens de ce médecin rencontré à Haridwar en Inde qui m’avait dit : « O toi tu me sembles savoir trop de choses. » J’ai cru qu’il se foutait de ma gueule. Mais je pense aujourd’hui qu’il avait raison. Ce que je sais c’est que je ne sais rien : Socrate. Dur parfois d’effacer le disque dur, sans jeu de mots..!!! Heureux les innocents aux mains pleines…

    Merci André ! Seule la Lumière transperce les murs et les frontières, mais pour la rencontrer il faut avoir demeuré dans l’ombre d’où elle naît… , l’Ombre de Soi-même, l’Ombre du Lieu…

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  2. L’art est toujours à la frontière.
    C’est le lieu du guetteur, qui de par sa position
    embrasse du même regard les deux rives du fleuve.

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